vendredi 20 janvier 2017

Le café retrouvé

Il posa son doigt sur l'interrupteur.

La petite lumière rouge et le ronronnement de la cafetière répondirent à son geste.

Il sourit franchement.

Quand il est arrivé dans ce bureau, on y faisait le café tout les matins. Tout le monde se retrouvait vers onze heures pour boire une eau chaude, café, thé ou infusion ; on papotait, on riait. Tout n'était pas rose au boulot, loin de là, mais l'équipe se serrait les coudes.

Du temps a passé. Changement de chefs. Transition dure. Tout le monde en a pris pour son grade, individuellement. On a arrêté d'allumer la cafetière le matin, parce que le café finissait dans l'évier : chacun buvait nerveusement de l'instantané dans son coin. Il s'est dit que c'était dommage, mais que c'était comme ça, il faudrait bien faire avec. Ou plutôt sans.

Pourtant après des mois très pénibles, ses collègues ont recommencé à se parler. Doucement au début, quelques phrases le matin là où il n'y avait plus qu'un "bonjour, ça va" qui n'attendait pas de réponse. Puis, à la faveur de l'embauche d'une personne joyeuse, les fous rires sont revenus. Enfin, un jour, "pourquoi on ne se sert plus de la cafetière, au fait ?"

Il regarda le café couler. Les collègues viendraient bientôt le partager.

Texte rédigé à partir d'un thème des Impromptus Littéraires.

lundi 16 janvier 2017

La cote 400, de Sophie Divry

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Un lecteur s'est endormi dans une bibliothèque ; on a fermé sans le voir, il a passé la nuit dans la salle de lecture. Au matin il est (très petitement) secouru par une bibliothécaire qui lui offre du café mais refuse de le laisser sortir avant l'heure d'ouverture. Elle se lance dans un monologue désorienté qui part de Melvil Dewey(1) pour arriver à l'amour, en s'offrant des détours par un nombre de sujets assez ahurissant.

La cote 400 compte une petite centaine de pages, que je conseille de lire d'une seule traite, comme cette femme semble parler d'un seul souffle, sans laisser à son interlocuteur le temps de reprendre le sien. C'est un roman drôle, touchant, bizarre, une expérience de lecture assez rare ; je n'en attendais pas moins de Sophie Divry vu ses interventions aux Papous.

C'est Lizly qui m'a offert ce petit bouquin complètement barré ; merci !

Note

(1) l'inventeur de la classification qui porte son nom.

jeudi 12 janvier 2017

S'habiller

J'ai une histoire assez compliquée avec les vêtements. Je ne suis pas quelqu'un de très visuel (comprendre que si quelqu'un va mal, je le saurai à sa voix plutôt qu'à sa mine) et je ne me trouve pas très jolie, à la base. Faire des efforts pour être, sinon bien, au moins pas trop mal habillée m'a longtemps paru être une authentique perte de temps. L'idée que ses choix vestimentaires envoient un message, je la comprends intellectuellement, mais je la ressens difficilement. Autant dire que je reviens de loin.

Il y a un an à peu près, une copine m'a donné deux conseils que j'ai appliqués depuis, et auxquels j'ai ajouté un troisième. Avec tout ça, je ne dirai pas que je suis à la pointe de la mode (tant mieux, ce n'est pas mon but) mais je ne fais presque plus d'erreurs d'achats, j'ai fait du tri dans mes placards et je me sens mieux dans mes vêtements.

Son premier conseil : puisque son apparence envoie un message, on peut penser en amont au message qu'on a envie d'envoyer. Pour ça, une liste d'adjectifs marche bien pour moi : vouloir avoir l'air créative, originale, joyeuse, sérieuse... On peut aussi se faire plusieurs listes selon les occasions (boulot ou non par exemple). Une fois qu'on a trouvé les quelques mots qui nous vont bien, regarder soigneusement le vêtement (maquillage, accessoire) qu'on a envie d'acheter (ou celui qu'on a pris dans son armoire en se demandant si ça vaut la peine de le garder) et se demander si, en le portant, on aura l'air (insérer ici la liste qui convient). Si la réponse est non, il y a de grandes chances que l'acheter (ou le garder) ne serve à rien ; il va probablement finir ses jours dans le placard.

Son deuxième conseil : essayer. Celui-là se décline en deux parties. La plus évidente, ne rien acheter sans l'essayer (et faire pareil lors des tris chez soi). Pour moi, j'ai quasiment renoncé aux achats de vêtements en ligne. Elle a résolu le problème différemment : elle a une carte de paiement différé, commande des tonnes de fringues, les essaye tranquille chez elle et renvoie les trois quarts. Dans tous les cas, l'idée est toute simple, il s'agit de se dire que ce qui est beau sur un cintre ou sur un mannequin ne le sera pas forcément sur soi : question d'allure générale, de morphologie... On se fiche que la tenue soit jolie dans l'absolu si dedans on a l'air d'un sac. Donc on essaye, on se regarde en pied, et on se reporte à la liste définie au premier point. C'est aussi valable pour les accessoires : dans l'absolu j'adore les sautoirs, dans la plupart des cas ça me va comme un tutu à une vache normande. On profite aussi de l'essayage pour bouger un peu, ça ne sert à rien de porter de beaux habits si on ne se sent pas bien dedans.

La partie du conseil la moins évidente, et pourtant tout aussi essentielle, est qu'on peut aussi essayer des choses qui ne nous disent rien à première vue. J'ai été très surprise un jour en enfilant un pull à l'allure franchement mémère sur son cintre, mais dont j'aimais la couleur ; sur moi, il est fabuleux, un très bon achat.

À ces deux conseils qui ont changé ma façon de m'acheter des fringues, j'en ajouterai un troisième, faire confiance aux gens qui nous connaissent et qui nous aiment. Aller faire ses choix avec ceux qui tiennent vraiment à nous et sauront voir ce qu'on ne voit pas. Mon écharpe favorie est un cadeau d'une copine, un de mes sacs préférés (que je n'aurais jamais choisi et qui me va pourtant à la perfection, apparence comme usage) vient de ma sœur, les boucles d'oreilles que je porte le plus souvent m'ont quasiment toutes été offertes. Quand on a du mal à porter sur soi-même un regard d'amour, on peut parfois compter sur les autres. Et ça fait un bien fou.

dimanche 8 janvier 2017

L'espace d'un an, de Becky Chambers

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Vous qui fuyez les romans de science-fiction parce que vous n'y voyez que bruit et fureur autour de personnages sans épaisseur, approchez ! Venez plus près, que je vous présente de la science-fiction comme on en voit peu (et c'est bien dommage).

Ashby, un Humain, est capitaine d'un vaisseau tunnelier, le Voyageur, dont le boulot consiste en gros à ouvrir des portails dimensionnels. À son bord se trouve un équipage d'une dizaine de personnes, certains Humains, mais aussi des représentants d'autres races intelligentes, différents de corps et de coutumes. Il y a enfin l'IA du vaisseau, qui a sa propre personnalité.

Ils partent pendant un an pour une mission particulière : créer le premier portail entre les mondes "civilisés" et un nouveau système désireux de les rejoindre.

Becky Chambers, l'auteur de cette merveille de roman, a un talent fou. Elle réussit à la fois à créer des races extraterrestres cohérentes, qui ne sont pas simplement "des humains à écailles" ou "des humains à 6 pattes", à donner à chaque personnage son identité propre, et à les faire évoluer les uns par rapport aux autres dans un cadre quasiment fermé. Son histoire est pleine d'humour et de tendresse, d'amour sous toutes ses formes. Il y a bien un peu de bruit et de fureur, mais les péripéties prennent au fond peu de place, et elles permettent de voir évoluer des personnages denses, quasiment réels, dont on finit par se soucier comme si on les connaissait. Si vous avez aimé la série Firefly, il y a de fortes chances que ce soit votre genre de bouquin.

L'espace d'un an est le premier roman que j'aie lu cette année ; si la suite est à la hauteur, 2017 sera un excellent cru pour la lecture.

samedi 24 décembre 2016

Noël surprise

Cette année Noël m'a prise par suprise.

En me relisant, moi-même je trouve ça bizarre ; on bouffe du Noël dans tous les catalogues, dans toutes les rues, les journaux, les magasins depuis fin octobre. Comment est-il possible de passer à côté ?

J'avais pris la ferme résolution de ne pas penser à Noël comme "proche" avant le début de l'Avent (dans le calendrier catholique l'Avent commence quatre dimanches avant Noël, cette année c'était le 27 Novembre). Je me suis donc appliquée à penser à autre chose pendant le plus gros du mois de Novembre.

Arrive le 27 Novembre, je commence tout doucement à ouvrir mon cœur à cette joie si particulière, et le lendemain, boum, un coup de fil m'apprend une nouvelle familiale qui m'a replongée dans des souvenirs amers.

J'ai passé le mois de Décembre en apnée, avec juste assez d'allant pour préparer de petits cadeaux pour ceux qui me sont chers, pour qu'ils se sentent aimés. Je n'ai pas été à une seule messe de l'Avent.

Nous voilà au 24 Décembre. Jusqu'à hier je ne savais pas ce qu'on allait manger ce soir ni quand notre unique invité viendrait chez nous (ce soir ou demain).

Noël m'a prise par surprise, ça oui. J'ai pourtant le pressentiment que ce sera une belle fête pour nous cette année, malgré l'improvisation sur les détails ; c'est le cadeau que m'ont fait ceux qui ont montré leur joie de Noël. Et je vous souhaite à tous, que vous soyez seuls ou en compagnie, que vous prépariez Noël depuis des mois ou que vous faisiez partie de l'équipe dernière minute, de trouver cette joie-là, celle d'aimer et d'être aimé.

vendredi 25 novembre 2016

Qui veut pisser debout ?

Tout a commencé par ce billet de Kozlika qui déplorait que sans pénis on ne puisse faire pipi debout, et recensait les méthodes pour se soulager dans des toilettes publiques sans (trop) se salir.

Je n'avais à l'époque (oui, ça date tout de même de 2007) pas osé publier en commentaire ma méthode personnelle qui consiste à poser les mains de part et d'autre de la lunette, s'asseoir sur ses mains, puis faire un petit mouvement de poignet pour attraper le papier par ses deux extrémités, de manière à pouvoir s'essuyer dans que les mains ne touchent l'entrejambe.

C'est en-dessous dudit billet qu'une moins timide que moi avait donné un lien vers un site Internet révélant qu'il existait des accessoires permettant de faire pipi debout même quand on est pas naturellement équipé pour.

J'avais trouvé l'idée rigolote ; elle m'est restée dans un coin de la tête, et quand j'en ai eu vraiment marre de devoir aller me cacher loin à chaque fois qu'une envie pressante me prenait en pleine nature, ou de repartir avec les mains dans un état déplorable des toilettes des bords d'autoroutes qui, non content d'être sales, ne permettent pas toujours de se laver les mains, j'ai investi dans cet engin.

pisse-debout

Ça s'appelle un pisse-debout, et ça change la vie des personnes qui n'ont pas de pénis.

Plus besoin de se déculotter complètement quand on est dehors. Plus besoin de se salir les cuisses ou les mains dans des toilettes douteuses. Il suffit de l'avoir sur soi, de se déshabiller juste assez pour pouvoir se le glisser en-dessous de l'urètre et zou, on peut évacuer tranquille. Deux ou trois fois chez soi pour prendre le coup (c'est qu'il n'est pas forcément facile de relâcher le périnée dans cette position après des années à ne le faire qu'assise), et voilà, bienvenue la liberté ; on gagne même du temps, ce qui peut être précieux quand il y a plus de monde que de toilettes disponibles. Elle est pas belle la vie ?

vendredi 11 novembre 2016

Le faune est venu

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Il est venu me chercher.

Cela arrive parfois, n'est-ce pas ? La tristesse alourdit nos pas, on se laisse avancer sans but, et quand on lève les yeux on se rend compte qu'on ne pouvait pas arriver ailleurs.

Ainsi, le faune et moi.

La première fois, sorti d'une BD prise au hasard chez des amis lors d'une nuit d'insomnie, il est venu m'apporter du calme et de la paix au milieu de mes angoisses.

La deuxième fois pas plus tard qu'hier, alors que je traînais dans une bibliothèque sans trouver de quoi lire, il m'a fait signe sur sa couverture. J'ai reconnu mon vieil ami.

Il l'a redit qu'on pouvait, parfois, se servir de ce qu'on ressent comme une agression pour nourrir ce qui est essentiel pour nous.

Il m'a ramenée à l'humanité de chacun, à nos liens profonds avec les autres et avec la terre qui nous porte.

Il était, il est toujours, exactement ce dont j'avais besoin alors que je doutais et que j'avais peur.

Je vous parle de lui aujourd'hui par envie de partager de la beauté, de la force et de la douceur, parce que j'ai l'impression que nous sommes nombreux à en avoir besoin.

Parce que je pense que si nous arrivons à nous détourner de la fascination que provoquent les affreux, à nous définir par ce que nous voulons, ce que nous aimons, on pourra construire quelque chose de bien.

Avec, pour chacun, un faune sur l'épaule.

dimanche 25 septembre 2016

La passe-miroir, livres 1 et 2, de Christelle Dabos : de l'imagination à revendre

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Il y a plus de six mois que quasiment tous les gens qui me recommandent parfois des livres me parlent de La passe-miroir de Christelle Dabos ; j'ai mis tout ce temps à mettre la main dessus à la bibliothèque, et je ne regrette pas d'avoir continué la chasse, ce roman de fantasy est formidable !

Faites la connaissance d'Ophélie, jeune femme à l'air doux et inoffensif, une liseuse (quelqu'un qui peut découvrir le passé des personnes qui ont touché des objets seulement en les touchant à son tour) et une passe-miroir (quelqu'un qui peut passer d'un miroir à un autre, pourvu qu'elle s'y soit déjà reflétée).

Ophélie vit tranquille dans son bout de monde jusqu'à ce qu'on la fiance de force à un homme qu'elle ne connait pas, qui vient d'une partie du monde bien plus dure que la sienne, le Pôle, et qui l'emmène avec elle passer ses fiançailles dans cet univers inconnu. Thorn - son fiancé - ne lui parle pratiquement pas, et son entourage guère plus. Elle ignore à quoi ressemble le monde qui l'entoure au Pôle et de ce dont ses habitants sont capables.

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Vous en dire plus sur l'intrigue serait vous en dire trop ; j'ajoute mon jugement sur divers éléments du livre.

L'intrigue m'a passionnée au point de me faire rater ma station de métro deux fois de suite.

L'univers est riche, foisonnant, et autant que j'aie pu le voir cohérent.

L'héroïne à elle seule vaudrait le coup d'ouvrir le livre ; elle n'est ni la perfection incarnée, ni le genre qui tape sur les nerfs, ni tellement badass qu'elle en devient caricaturale. Elle est réfléchie, tranquille, mais pas docile.

Je ne peux donc que vous conseiller d'aller vous aussi à la chasse aux Fiancés de l'hiver, et d'enchaîner sur la suite, Les disparus du Clairdelune, tout aussi formidable !

jeudi 22 septembre 2016

La terreur contagieuse

Depuis le début du mois de septembre, je ne peux plus me promener dans ma ville sans rencontrer à pratiquement tous les coins de rue des mesures "anti-terrorisme".

Ici on fait ouvrir les sacs à l'entrée des magasins.

Là des parents ne peuvent plus accompagner leurs enfants jusqu'à leur classe de maternelle.

Là encore des issues de secours sont fermées à clé, et quand on fait remarquer la dangerosité de cette mesure, on entend que c'est pour éviter le terrorisme, comme si ça mettait fin au débat.

Pour commencer, je ne suis pas du tout convaincue que ces dispositions aient une grande efficacité. Les vigiles ne regardent le plus souvent que le dessus des sacs, pas jusqu'au fond, pas toutes les poches : on n'évite donc pas forcément le passage d'une arme. Les gardes eux-mêmes ne sont pas armés, et je ne suis pas sûre qu'ils pourraient faire une grosse différence quand il s'agit d'un petit magasin (éviter un déclenchement de violence à l'intérieur d'une grande structure comme un stade reste par contre souhaitable).

Les parents n'encombrent plus les couloirs des écoles... Certes. Mais ils restent massés près des portes ; le danger évité à l'intérieur existe toujours à l'extérieur. D'autre part, imaginez les problèmes de sécurité routière quand les trottoirs devant l'école sont un peu étroits et qu'il devient impossible d'y marcher, sans même parler de passer avec une poussette.

En ce qui concerne la fermeture des issues de secours, il est évident que le danger est bien plus grand quand elles sont fermées qu'ouvertes, ne serait-ce que parce que l'incendie est bien plus probable que l'attaque terroriste. Même en cas d'attentat, les issues de secours sauvent des vies.

Enfin, et c'est pour moi très important, toutes ces décisions nourrissent un climat de terreur. Comment vivre paisiblement quand plusieurs fois par jour, chaque fois qu'on conduit son enfant à l'école, qu'on veut entrer dans un magasin, qu'on passe devant la porte arrière d'un restaurant, on nous rappelle que "nous sommes en danger" (quitte parfois à augmenter le péril réel en prétendant en réduire un autre) ? À entretenir ce sentiment, on crée des populations apeurées qui risquent fort de se jeter dans les bras du premier totalitarisme venu pourvu qu'il leur promette la sécurité... On cultive aussi de manière pernicieuse le sentiment anti-Islam déjà très présent, et qui arrange les terroristes. Chaque fois qu'on rejette quelqu'un à cause de sa couleur de peau ou de sa foi, on nourrit le discours qui prétend que les musulmans (ou perçus comme tels) sont nos ennemis. Si eux-mêmes sentent que les blancs les considèrent comme des adversaires, comment éviter que certains décident de se conduire de manière hostile ?

Je refuse de vivre dans ce climat. Je refuse qu'on me mette en danger (risque routier, risque incendie) pour "me protéger". Je refuse qu'on me désigne à demi-mot un "ennemi" qui n'est que mon voisin. Je pense que si on veut vivre en paix, il faut construire la paix ; on ne vit pas en paix quand on se terre, métaphoriquement parlant, dans un bunker.

J'ai donc pris les décisions suivantes.

Dans la mesure où c'est possible, si on me demande d'ouvrir mon sac avant d'entrer où que ce soit, je me barre, et j'envoie plus tard une lettre expliquant ma démarche.

Si je repère une issue de secours fermée, je le fais remarquer aux personnes présentes en rappelant à quel point c'est dangereux, et aussi que les issues de secours ne sont pas en option quand on reçoit du public. Là aussi, j'enverrai des lettres.

Je continue de me comporter de manière normale avec les gens que je croise dans la rue, dans le métro, sans tenir compte de leur couleur de peau et de leur port - ou non - de signes religieux. J'interviens si c'est nécessaire, et tant que ça ne l'est pas, j'entretiens autant que je le peux les harmonies dans la musique de l'univers.

Je choisis de vivre en paix.

jeudi 4 août 2016

Le vieil homme et la guerre et Les brigades fantômes de John Scalzi : les conflits futurs

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Ce n'est pas tous les jours qu'on tombe sur une série de science-fiction qui possède à la fois un univers original et des personnages intéressants. C'est pourquoi, quand on en trouve, il convient à mon avis de sauter dessus et de tout lire jusqu'à la dernière ligne (selon la disponibilité des livres et du lecteur).

Dans Le vieil homme et la guerre, John Perry a 75 ans et entre dans l'armée. Beaucoup de personnes de son âge font le même choix. S'agissant d'un roman de science-fiction, on peut penser que 75 ans est peut-être la fleur de l'âge dans cet univers ; ce n'est pas du tout le cas, les nouvelles recrues sont justement attirées par les rumeurs décrivant les techniques de rajeunissement révolutionnaires de l'armée. La réalité est encore au-delà de ces rumeurs.

Je ne vous dévoilerai pas les détails ; toujours est-il que John se retrouve avec la capacité de se battre, un ordinateur dans la tête qui lui permet de communiquer avec une intelligence centrale et avec les autres soldats, et qu'il va combattre au sein de l'armée humaine contre des extraterrestres très différents les uns des autres. John Scalzi, l'auteur, utilise son univers pour pousser à la reflexion sur l'identité, la violence et tout le reste ; ce n'est jamais lourd mais toujours intégré à une histoire tout bonnement passionnante.

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Les brigades fantômes se déroule après Le vieil homme et la guerre, on retrouve le même univers et un personnage, mais je pense qu'il peut se lire indépendamment. Le premier chapitre est une extrème réussite et le reste très bon aussi ; cette fois-ci nous suivons le soldat Jared Dirac, dont le corps a été cultivé pour permettre d'implanter les souvenirs de quelqu'un d'autre, un savant qui a trahi l'armée humaine. Là encore, moult pensées sur la notion de choix et l'identité, toujours assez bien intégré à une intrigue formidable pour que ce soit tout sauf rasant. Je vous recommande chaudement ces deux tomes (et je vais me procurer la suite aussi tôt que possible !)

vendredi 29 juillet 2016

Salade de fantasy

Sur une idée de Sacrip'Anne, voici quelques titres de fantasy qui m'ont emballée. On y va ?

Couverture du livre 'Le fléau de Chalion'

Commençons par une série classique, le cycle de Chalion, de Lois McMaster Bujold. Au début du premier tome, Le fléau de Chalion, nous suivons un homme brisé. Cazaril, ancien officier de l'armée de Chalion, a été vendu comme esclave, a passé deux ans aux galères, a été libéré par miracle et a pour projet de mendier une place de marmiton auprès d'une grande dame pour qui il fût page autrefois. Un retournement de situation lui permet d'aspirer à un poste plus élevé chez cette dame ; il devient secrétaire de la princesse, mais cette position le place au cœur d'un nœud d'intrigue et de magie qui semble assez inextricable.

Lois McMaster Bujold développe pour Chalion un monde original. La théologie notamment est complexe mais exposée simplement, il n'y a pas de tunnel d'explications. L'auteur nous offre aussi des personnages crédibles et pour certains attachants. Je le recommande à tous les amateurs du genre, en prenant toutefois la précaution d'avoir du temps devant soi... Sans quoi cette lecture risque fort d'amputer vos nuits d'une partie pourtant appréciable de vos heures de sommeil ! L'histoire est terminée à la fin du premier tome, mais on retrouve le même univers et certains personnages dans Le paladin des âmes, qui est peut-être encore plus réussi. Enfin, c'est dans le même univers que se déroule La chasse sacrée, que je vous conseillerais plutôt de laisser de côté.

Couverture du roman 'Le soldat chamane'

Robin Hobb est très connue pour sa saga L'assassin royal, qui est passionnante encore que parfois inégale. On connait moins Le soldat chamane. La série est racontée à la première personne par Nevare Burvelle, second fils d'un noble et destiné à devenir soldat (dans ce monde, chaque premier fils de noble doit prendre la suite de son père, le deuxième fils devient soldat, le troisième prêtre). Ils vivent dans un pays appelé Gernia, qui vient de conquérir un territoire important en faisant la guerre à des "sauvages", en tuant leur magie avec du fer. Le père de Nevare était lui-même soldat, anobli par le roi de de Gernia pour bons et loyaux services. Il apporte donc un soin particulier à l'éducation de son deuxième fils, souhaitant qu'il devienne un bon soldat, préparé à l'armée et à la guerre, car la conquête continue. Il décide un jour de confier Nevare à un de ces "sauvages", Dewara, pour qu'il apprenne qui est son ennemi. Nevare vit avec lui quelques jours étranges, et finit par atterrir dans un monde qui ressemble à celui des rêves, mais dans lequel ses actions ont des conséquences bien réelles. Nevare manque d'y mourir, et y laisse quelques plumes. Il tente d'oublier cette aventure quand il arrive à l'académie militaire, mais elle le poursuit dans ses rêves. Il commence à se poser des questions que les autres ne se posent pas, à se demander si leur conquête est vraiment légitime, à voir la beauté de la nature détruite par les villes gernianes, à voir aussi la magie du peuple des plaines.

Le deuxième tome est parfois longuet, mais à part ce défaut Robin Hobb réussit à créer un univers intéressant et original, et y semer une intrigue prenante.

Couverture du roman 'Le nom du vent'

Les gros lecteurs de fantasy en ont sans doute déjà entendu parler, mais je ne résiste pas à l'envie de mentionner la Chronique du tueur de rois de Patrick Rothfuss. Au début du premier tome, Le nom du vent, Kvothe se dissimule sous un faux nom et tient une auberge dans un endroit reculé. Fort heureusement pour nous, un scribe le retrouve et lui tire son histoire du nez. Kvothe vivait tranquillement une existence de saltimbanque avec des parents aimants quand un évènement violent a tout changé. Après des années difficiles, il part étudier la science des arcanes (que nous appellerions probablement magie) dans une université. Il veut apprendre, entre autres, le nom du vent.

Le point fort de la série, au-delà de la richesse de l'univers, est la complexité du personnage principal. Les personnages secondaires sont parfois un peu simples, mais Kvothe a suffisamment de facettes pour qu'on ne comprenne pas tout de suite ce qu'il va faire ou dire. Il n'est pas pour autant incohérent, et surtout, il n'est pas toujours gentil. Attention, le deuxième tome a des longueurs (c'est un défaut courant des milieu de trilogie, non ?) et le cycle n'est pas encore fini ; Patrick Rothfuss doit encore écrire le troisième volet, et il n'est pas connu pour sa rapidité.

Couverture du roman 'La voie des rois'

Autre série qui n'est pas encore finie, mais qui vaut pourtant la peine d'être lue : Les archives de Roshar de Brandon Sanderson. Dans le premier tome, nous suivons à la trace Kaladin, un soldat déchu, Shallan, une jeune fille qui cherche pour de multiples raisons la protection d'une érudite, Jasnah, et Dalinar, un chevalier vieillissant qui reçoit des visions.

La série comptera au moins cinq tomes. Les deux premiers sont vraiment prenants, avec un monde cohérent, des personnages tout sauf unidimensionnels. Je ne peux pas vous résumer l'intrigue, beaucoup trop riche ; il ne faudrait pas en conclure qu'on s'y perd, je trouve au contraire que Brandon Sanderson déploie son talent habituel pour nous faire entrer dans un univers et son système de magie sans se perdre en exposition barbante, et ne nous égare pas d'un personnage à l'autre. Notable enfin, les femmes de l'histoire sont aussi intéressantes et différentes les unes des autres que les hommes.

Couverture du roman 'Fils des brumes'

Brandon Sanderson est aussi l'auteur de Fils-des-brumes, trilogie qui, elle, est terminée. On y plonge dans un monde sinistre, où des chutes de cendres et des brouillards étranges rendent impossible la vie des paysans, les skaa. C'est un empire gouverné par un supposé dieu, un homme immortel possédant des pouvoirs immenses. Voilà le monde dans lequel Vin, gamine des rues et orpheline, essaye de survivre, jusqu'à ce qu'elle rencontre Kelsier, un type à l'air plus grand que nature, qui est bien décidé à renverser le tyran avec l'aide de son équipe de bandits.

En voilà des prémices qu'elles ne sont pas gaies, pas vrai ? Pourtant la série n'est pas aussi lugubre qu'on pourrait le croire. Il y a des moments tristes, mais aussi des gais, dans cette aventure de fantasy comme on aimerait en voir plus. Le monde et son système de magie sont complexes, pourtant on ne s'ennuie pas quand l'auteur nous les présente, puisqu'il a l'intelligence de mêler l'exposition à l'action. Il a si bien construit son histoire qu'on retrouve jusque dans le troisième tome l'explication d'éléments qu'on aurait pu croire insignifiants dans le premier.

Couverture du roman 'La belle aux bleus d'argent'

Pour ceux qui aiment le mélange des genres, la série de Glen Cook Garrett détective privé a tout pour plaire : l'action se situe dans un univers de fantasy (nains, trolls, elfes...) et le personnage principal est un détective privé qui tient plus de Nestor Burma (un de mes privés hard boiled préféré) que de Bilbo le Hobbit.

Dans le premier tome, La belle aux bleus d'argent, Garrett est engagé par le père d'un de ses anciens amis. Celui-ci vient de mourir en laissant une fortune à une femme que le père n'a jamais vue, une femme qui habite dans le Cantard. Dans cette région on se livre à une guerre acharnée pour le contrôle de l'argent, minerai utile à la magie. Le père souhaite retrouver cette femme, il veut rencontrer celle qui a réussi à charmer son fils à ce point. Garrett n'est pas enchanté par cette mission, mais il se rend compte qu'il connait déjà cette femme, il finit par accepter l'enquête.

Il y a dans ce bouquin tout ce qui manque d'après moi à La compagnie noire, une autre grande série de Glen Cook ; du punch, une intrigue vraiment intéressante. Il a aussi des éléments bien à lui, comme ce soupçon d'humour bien noir.

Couverture du roman 'Les héros meurent aussi'

Un autre mélange des genres, cette fois-ci science-fiction et fantasy, qui donne un de mes romans préférés : Les Héros meurent aussi de Matthew Woodring Stover. Dans un futur où un système de caste règne sur la planète entière, Caine est un Acteur. On le paye pour aller dans un autre monde où règne la magie et pour risquer sa vie de manière intéressante en portant un implant qui permet aux riches de son propre monde de vivre les mêmes expériences que lui, danger en moins. Son ex-épouse est Actrice elle aussi. Elle disparait dans l'autre monde, et on envoie Caine à sa rescousse. Ce serait un drôle de roman si ça se passait sans accroc ni répercussion sur leur propre monde, non ?

Les deux mondes sont bien développés, l'intrigue est palpitante, et le personnage de Caine fascinant. Il existe une suite qui n'a malheureusement jamais été traduite, mais Les héros meurent aussi se lit très bien seul.

Couverture du roman 'Coeur d'encre'

Je termine sur une série jeunesse et fantasy, Cœur d'Encre de Cornelia Funke. Au début du premier tome, on fait la connaissance de Meggie, qui vit avec son père, Mo. Tous deux adorent les livres, Mo est relieur et Meggie lit tout ce qu'elle peut. Un détail étrange entre ces deux-là : Mo ne lit jamais d'histoires à Meggie. Un jour, un type étrange du nom de Doigt-de-Poussière leur rend visite. Il est à la recherche d'un livre. Bien entendu, cette visite déclenche une série d'événements fantastiques, Meggie découvre pourquoi son père ne lit pas à haute voix et ce qu'est devenue sa mère, disparue il y a longtemps.

Vous raconter ne serait-ce que le début du deuxième tome vous en dirait trop sur la fin du premier, aussi je m'abstiens. Par contre, je peux vous conseiller de ne pas démarrer Cœur d'encre avec peu de temps devant vous, vu qu'il est très dur à laisser pour faire autre chose, et Sang d'encre et Mort d'encre sont pires ! C'est une trilogie très réussie, à la hauteur de L'histoire sans fin de Michaël Ende, c'est dire.

Voilà pour aujourd'hui. J'ai hésité à mentionner le Disque-Monde de Terry Pratchett, série de romans de fantasy dont beaucoup figurent parmi mes livres favoris, mais elle mériterait plus que quelques lignes ; j'y reviendrai donc un autre jour.

mercredi 27 juillet 2016

Regarder avec les oreilles

On parle toujours de regarder un film ; l’audition joue pourtant un grand rôle dans la perception du cinéma. Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Une mère et son fils étaient dans une salle de cinéma, prêts à profiter d’un film des studios Pixar. Comme vous le savez ou pas, les films Pixar sont souvent précédés d’un court-métrage d’animation. La mère, qui, je ne peux vous le cacher plus longtemps, était moi, aimait bien ces courts-métrages en général (son préféré étant For the Birds). Elle attendait le début avec impatience.

Voilà qu’à l’écran apparut un petit piaf en bord de mer, un petit piaf qui n’avait pas très envie d’aller chercher sa nourriture lui-même. Il était mignon, pensa notre personnage principal, mais sans plus. Et puis quelle drôle d’idée d’avoir choisi comme bande-son une chanson américaine franchement plus bruyante que musicale… Sans doute un parti-pris artistique, mais raté, pensa-t-elle. Elle regarda le petit film jusqu’à sa fin, et jugea qu’il n’y avait pas de quoi casser trois pattes à un canard boiteux.

Après le court-métrage, l’écran resta noir une ou deux secondes, puis le grand film commença. Enfin… Côté image. Parce que côté son, c’était toujours de la variété made in USA. M’enfin ! C’est seulement à ce moment-là que les spectateurs ont percuté que de choix artistique bizarre il n’y avait point, juste un souci technique. Quelqu’un est sorti signaler le problème, et dix minutes plus tard on relançait le court-métrage, avec la bonne bande-son cette fois-ci.

Que croyez-vous qu’il arriva ? Quand ses oreilles perçurent le pépiement expressif de l’oisillon, la mère se sentit bien plus impliquée dans son histoire, et finit par classer le court-métrage bien haut dans la liste de ceux qu’elle avait vus. Le fils, lui aussi, préféra largement le deuxième visionnage

Vous me direz que j’enfonce des portes ouvertes ; j’en ai conscience. Le phénomène est bien documenté, j’en avais déjà entendu parler avant cette séance et il y a de bonnes chances pour que ce soit votre cas aussi. Il y a cependant une grande différence entre entendre parler d’un phénomène et l’expérimenter. J’en suis ressortie un peu plus humble, et plus consciente du pouvoir de mes oreilles sur ma perception d’un film.

vendredi 22 juillet 2016

Les enchantements d'Ambremer, de Pierre Pevel : le vieux Paris sous perfusion magique

couverture du livre 'Les enchantements d'Ambremer'

Imaginez Paris au début du vingtième siècle. Ajoutez-y des magiciens, des gnomes, des arbres parlants, tous venus d'un rapprochement avec l'OutreMonde, le monde des fées.

Maintenant, dans ce décor fabuleux, plantez une voleuse aux multiples noms, un magicien ronchonnant, un chat ailé et parlant, et des mystères à gogo.

Si le résultat vous met dans le même état que moi (en gros, hurlant "IL ME FAUT CE ROMAN !") vous êtes mûr pour Les enchantements d'Ambremer de Pierre Pevel, le premier tome du Paris des merveilles.

Que puis-je vous en dire d'autre ? Ma foi, deux ou trois petites choses. L'ambiance du roman se situe quelque part entre Gaston Leroux et Maurice Leblanc, avec une sacrée dose d'humour. J'ai beaucoup aimé le narrateur, qui n’hésite pas à prendre la parole de temps à autre pour convaincre directement son lecteur. Les personnages manquent un peu de profondeur, mais l'intrigue est du genre à vous dérober vos heures de sommeil.

Qu'attendez-vous pour vous ruer dessus ?

lundi 4 juillet 2016

Purity, de Jonathan Franzen : le roman qui était beaucoup de choses à la fois

Couverture du livre 'Purity'

Est-ce que vous avez envie de lire un roman d’apprentissage ? Un roman de quête des origines ? Un roman noir ? Un roman sur l’histoire récente ? Un roman qui cause nouvelles technologies ? Ne cherchez pas plus loin ; Purity est tout ça, et j’en oublie sûrement.

Purity est une jeune femme qui vit à Oakland, de nos jours. Elle a été élevée par une mère seule qui semble un peu étrange. Elle vit dans un squat et aimerait rembourser son prêt étudiant, exorbitant, et savoir qui est son père. C’est le personnage central du roman (vu le titre, vous vous en doutiez).

Jonathan Franzen a divisé son histoire en sept parties assez distinctes, nous offre des aller-retour entre le présent et le passé récent (nommément les années 1980) et entre ses personnages. Il aborde le passé de l’Allemagne de l’Est ainsi que des questions très récentes (les liens entre les lanceurs d’alerte et les journalistes, par exemple). On peut se distancier des opinions qui transparaissent entre ses lignes ; il reste un roman très riche, avec des personnages pour la plupart troubles, une histoire qu’on n’a pas envie de lâcher (je l’ai finie à deux heures du matin).

Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu de roman récent réaliste (je me bourre plutôt de science-fiction et de fantasy), mes derniers essais dans le genre m’avaient parus très nombrilistes et peu intéressants ; je suis contente d’avoir enfin pu en trouver un qui évite ces ornières.

jeudi 23 juin 2016

​Livre clos

Que se passe-t-il quand on referme un livre ? Ô Fille-ma-fille, quelle question parfaite ! C’est le moment le plus intéressant !

Oui, ma Mieux-Aimée, j’en suis sûre. Tu crois que le moment le plus intéressant est celui où tu lis le livre, où tu suis les personnages dans leur histoire. Note bien, c’est un bon moment, un excellent moment, mais ce n’est pas le moment le plus intéressant.

Le moment le plus intéressant est celui où tu refermes le livre et où les personnages continuent leur vie dans ton histoire.

C’est le moment où Mémé Ciredutemps te rappelle fermement que le mal commence quand on traite les gens comme des choses.

C’est le moment où tu vois un ami bougon se transformer en Crafougna, où tu sens l’odeur des cigares des Hommes en gris à côté de ton voisin qui court tout le temps, où tu entends Bartinueus ironiser dans le creux de ton oreille.

C’est le moment où Miles Vorkosigan te suggère un plan tortueux et génial, où Brin-de-Fougère et Rebecca t’inspirent un amour lumineux, où Ford Prefect te suggère de ne pas oublier ta serviette.

C’est le moment où chaque personnage de chaque histoire que tu as lue s’invite dans ta tête, même pour un instant.

Vois-tu, Fille-ma-fille, c’est pour ces moments-là que je continue de lire. Pour la joie de vivre d’autres vies que la mienne pendant que je lis, et pour la richesse qu’elles m’apportent quand le livre est fermé.

J’ai écrit ce texte sur un thème des Impromptus littéraires.

lundi 13 juin 2016

Phrases retournées

Il y a deux semaines je vous proposais de "parler en plus". Voici, pour illustrer cette idée, quelques exemples de phrases négatives retournées en positif. On peut les modifier et les décliner à l'envi !

"Ne cours pas" peut devenir "marche".

"Ne pousse pas Untel" peut devenir "laisse Untel tranquille".

"Ne tape pas" peut devenir "les mains doivent toucher doucement".

"Ne vous disputez pas" peut devenir "trouvez une solution ensemble ou séparez-vous".

"N'éteins pas la lumière" peut devenir "laisse la lumière allumée".

"Ne laisse pas l'eau couler" peut devenir "ferme le robinet".

"Ne touche pas à ça" peut devenir "laisse ça tranquille", ou "lâche ça" selon le contexte. Pour les plus jeunes on peut passer par "mets tes mains dans ton dos", quand ils observent quelque chose de fragile ou de dangereux qu'ils ont très envie de toucher.

"Ne téléphone pas ici" peut devenir "sors si tu souhaites téléphoner".

"Ne jette pas" peut devenir "pose doucement".

"Ne tiens pas ce livre comme ça" peut devenir "regarde, voilà comment on tient un livre, et on tourne les pages au coin" (démonstration à l'appui).

"Ne marche pas au bord du trottoir" peut devenir "marche du côté des maisons".

"N'oublie pas (ceci ou cela)" peut devenir "souviens-toi de (ceci ou cela)".

"Ne crie pas" peut devenir "parle doucement".

À vous ?

jeudi 2 juin 2016

​Parler "en plus"

Il y a des années, j'ai lu un article dans je ne sais plus quel magazine qui conseillait, quand on voulait se souvenir de quelque chose qu'on oubliait souvent, de se parler à soi-même en termes positifs : "souviens-toi" pour remplacer "n'oublie pas", "laisse ça" plutôt que "n'y touche pas". L'idée était que le cerveau retient les mots les plus porteurs de sens et n'y applique pas toujours la négation qu'on avait pourtant formulée intérieurement. Cela m'a paru un truc utile, et cela m'a en effet bien servi ensuite, par exemple pour retenir les pièces à éviter la nuit quand je n'étais pas chez moi.

Avance rapide, me voilà mère. J'ai à cœur de respecter mes enfants en tant que personnes, je lis des articles et des livres sur l'éducation bienveillante, et je tombe sur une idée qui me semble familière : quand on parle à ses enfants, il est bien plus efficace et meilleur au long terme de dire ce qu'on veut plutôt que ce qu'on veut éviter.

J'avais déjà un (tout petit) peu d'entraînement, je m'y suis mise ; avec quelques étapes auxquelles je ne m'attendais pas.

Pour commencer : pour transformer en positif ma manière de parler, j'ai dû changer de manière de penser.

Je n'avais jamais remarqué auparavant à quel point je pensais en priorité à ce que je voulais éviter, et très peu souvent aux buts que je voulais atteindre. Je ne veux pas que les enfants sautent sur le canapé, OK, mais que veux-je donc ? Je veux que ceux qui s'asseyent dessus restent assis sur leurs fesses !

Dit comme ça, ça a l'air simple, pourtant j'ai dû déployer beaucoup d'énergie pour passer du très spontané "on ne saute pas sur le canapé (bordel, d'ailleurs je l'ai déjà dit vingt milles fois !)" à "sur le canapé on reste assis". Ça marche de la même manière pour "ne mets pas de miettes partout" qui devient "mange au-dessus de la table".

J'ai vite vu la différence ; le message passe mieux comme ça, et pas seulement pour les enfants. Avec les adultes aussi il est bien plus clair de formuler ce que l'on souhaite, et quand on y pense c'est facile à comprendre. Ce n'est pas seulement une histoire de "cerveau qui oublierait la négation" ; parler de quelque chose, même en négatif, tend à focaliser l'attention sur la chose/l'action en question. Allez donc ne pas penser à un rhinocéros rose quand on ne vous parle que de lui !

On peut par la suite passer au degré suivant ; je veux que les gens restent tranquilles quand ils sont sur le canapé, certes, mais pourquoi ? Pour le garder en bon état, pardi. Évident... Pour moi ! Mes interlocuteurs par contre, ne le comprennent pas forcément. Or, je ne sais pas vous, mais moi je préfère largement suivre une instruction quand j'en comprends les raisons.

"Je veux que le canapé reste en bon état ; quand on est dessus, on reste assis."

Dernière étape pour huiler les rouages autant que possible : offrir une alternative. On veut que la personne reste assise, et on a expliqué pourquoi. Mais que se passe-t-il si ladite personne a envie de se remuer le popotin ?

"Je veux que le canapé reste en bon état ; quand on est dessus, on reste assis, sinon on va jouer ailleurs."

OK, c'est plus long à dire que "On ne saute pas sur le canapé". Cela dit on peut abréger quand on a utilisé la version complète plus tôt. Cela permet globalement de vivre dans un climat plus serein ; de plus, expliquer pourquoi et offrir une alternative laisse la porte ouverte à d'autres solutions auxquelles on n'aurait pas pensé soi-même. Enfin, et ce n'est pas le bénéfice le moindre que je trouve à cette méthode, elle permet de se rendre compte que dire "non" revient le plus souvent à dire "oui" à autre chose, de prendre conscience de ce qui compte en positif pour nous. Que demande le peuple ?

lundi 2 mai 2016

Non, de Jeanne Ashbé : une étude de la frustration en milieu marin

Couverture du livre 'Non' de Jeanne Ashbé

Petit poisson rouge a faim... d'un bonbon. Mais grand poisson rouge a dit non, un petit non tout rond. Alors petit poisson rouge aussi dit non. NOOOOOOOOON !

Voilà en substance le début de cet album qui fait du bien aux parents et aux enfants en pleine période du non : celle où les petits ont bien du mal à entendre le "non" des adultes et où ils affirment le leur avec force.

Les dessins et les textes sont tout simples, très compréhensibles à n'importe quel âge. J'aime beaucoup qu'on ne dise pas si les poissons sont mâles ou femelles ; il y a un petit et un grand, c'est tout ce qu'on en sait, et cela suffit pour que la petite et la grande personne qui lisent l'histoire s'identifient autant que possible à ses personnages.

Il suffit de lire Non de Jeanne Ashbé une fois ou deux en mettant bien le ton pour que l'enfant le retienne, dise "non" aux bons moments, et fasse à la fin, en même temps que petit poisson rouge, un gros câlin.

Il est même parfois possible de l'utiliser plus tard pour désamorcer une crise ; dire soi-même "un petit non tout rond", ou aller jusqu'au bout en proposant un gros câlin.

Non ?

vendredi 29 avril 2016

Le cadeau

Quand nous nous promenons main dans la main, mon cœur,

Mon amour, mon petit, ma beauté, ma douceur,

Je reçois de tes yeux le plus beau des cadeaux :

Percevoir l'univers comme un monde nouveau.

Tu vois et tu écoutes, tu cries ta découverte,

Un oiseau ! Une fleur ! Une bestiole verte !

Avec toi je renais à l'émerveillement,

Je n'économise plus mon étonnement,

J'observe la beauté du monde qui m'entoure,

Je hulule et je vis, je rigole et je cours.

Photo d'un enfant, cadré sur le torse, il tient des fleurs dans les mains

Le texte ci-dessus est ma participation au troisième atelier du blog à mille mains. La photo est de Dame Ambre.

jeudi 28 avril 2016

Respirer : une mise en garde

Du temps de ma folle jeunesse, ma respiration abdominale était objet d'admiration. Non que j'aie jamais été une foudre en sport, mais sans y penser je respirais tranquillement, profondément, ce qui était bien utile pour le théâtre ou la chorale.

Ni mes premières années de boulot ni mes grossesses n'avaient réussi à entamer mon souffle autrement que de manière transitoire. J'en étais heureuse quand j'y pensais, autant dire pas souvent.

Jusqu'à ce que, il y a quelques semaines, je me surprenne au boulot, sur une tâche pour laquelle j'ai peu de tendresse, en quasi-apnée.

Étonnée moi-même de ce manque d'air, j'ai tenté de m'oxygéner plus profondément.

Quelques minutes plus tard je me suis aperçu que, à nouveau, je ne respirais pratiquement plus.

Sourcils froncés, un peu inquiète, j'ai recommencé à respirer amplement, en me concentrant cette fois sur mon souffle.

J'ai tenu le coup plus longtemps, mais j'ai senti des muscles qui protestaient sérieusement dans mon abdomen.

Rétrospectivement j'aurais pu me rendre compte qu'il y avait un souci. Depuis quelques mois les exercices d'échauffement à la chorale me détendaient beaucoup plus que d'habitude (pas surprenant que respirer à fond me fasse du bien si je manquais d'air en permanence). Mes épaules étaient très rentrées, et mon humeur maussade (au naturel je suis colérique, pas triste sans raison).

Rassurez-vous, l'histoire finit bien ; il n'y avait aucun problème physique, seulement du stress. À force d'y prêter attention (et avec quelques exercices pour les abdominaux) j'ai retrouvé un souffle correct qui a permis un retour à la normale de tout le reste. J'écris ce billet avec l'idée de vous rappeler à votre propre respiration. Si vous vous rendez compte qu'elle est superficielle, qu'elle implique les épaules et pas le ventre, vous pouvez prendre le temps de respirer profondément, sentir si ça coince et si oui ce qui coince. On vit nettement mieux en profitant à fond de sa capacité pulmonaire.

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