mercredi 13 juin 2018

Le surligneur

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Photo de Jazmin Quaynor

Quand j’étais jeune fille et que j’étudiais, je ne connaissais pas l’usage des surligneurs. Je gardais le silence en voyant d’autres étudiants les utiliser à tour de bras, mais intérieurement, je considérais ces feutres fluo comme des instruments du diable : de quoi défigurer l’ami d’entre les amis, un livre. Quel genre de sauvage fait ça ? Il y a un cercle de l’enfer réservé à ceux qui commettent ce genre de crime, non ? Attendez, je demande à Dante.

À l’époque il me suffisait de lire pour retenir ce que je souhaitais retenir, et je ne connaissais pas ma chance.

Avance rapide de quelques années, j’ai repris mes études. Je suis plus vieille qu’autrefois, je suis aussi bien moins disponible mentalement, famille oblige. J’éprouve donc plus de difficultés à retenir ce que je lis simplement en le lisant. C’est alors que je découvre à quoi sert le surligneur.

Est-ce que le surligneur est laid ? D’un point de vue strictement esthétique, je dirais toujours que oui. Mais d’un point de vue intellectuel, c’est un instrument bien plus riche qu’il n’y parait. Il permet de repérer ce qui est essentiel dans un texte, ce qu’on décide de retenir. Il permet de le matérialiser, non seulement par la couleur, mais aussi par le geste de la main sur le papier. Il permet à un livre banal de devenir son livre, celui qui a fait l’objet d’un traitement spécial, et il permet quand on y revient d’aller tout de suite à l’essentiel.

Par contre, entendonc-nous bien : le paragraphe précédent ne concerne que les bouquins qu’on possède. J’ai demandé à Dante, et le cercle de l’enfer dont je supputais l’existence ? Il est réservé aux vandales qui surlignent les livres de bibliothèque.

lundi 11 juin 2018

Le portefeuille, ou la compassion

un portefeuille
Wallet, par Charles Deluvio

Un matin, juste avant de partir de chez moi, j’ai vu un portefeuille qui traînait par terre.

J’ai pensé qu’il était tombé de mon sac, et je me suis aussitôt traitée de tous les noms. Mais ça ne va pas la tête, Anna ? Tu te rends compte de la gravité de la chose, laisser ton sac ouvert ? Et s’il était tombé en pleine rue, hein, et qu’il avait fallu faire opposition à la carte bleue, refaire faire la carte d’identité, le permis ? Ça t’aurait peut-être servi de leçon, je te jure, ce n’est pas permis d’être aussi inconséquente, sombre nouille !

La petite voix méchante récriminait encore quand je me suis penchée pour ramasser l’objet du délit, et que j’ai vu qu’il ne s’agissait pas de mon portefeuille, mais de celui de mon cher et tendre.

Aussitôt, j’ai attrapé mon téléphone pour le rassurer, le pauvre, pourvu qu’il n’ait pas remarqué que son portefeuille n’était plus dans son sac, qu’il n’ait pas eu trop le temps de flipper.

La morale de cette histoire ? Pour la compassion, ça va, par contre on dirait que l’autocompassion nécessite encore un poil de boulot.

lundi 2 avril 2018

La tristesse des éléphants, de Jodi Picoult : et mon coeur se brisa

couverture du livre 'la tristesse des éléphants'Il y a des années que j’ai noté le nom de Jodi Picoult comme “auteur à essayer”, et pendant des années je n’ai pas donné suite. Jusqu’à la semaine dernière, où j’ai vu cette jolie couverture sur l’étagère des nouveautés de ma médiathèque ; si on y ajoute une maison d’éditions que j’adore (Actes Sud) et le nom de l’auteur que je connaissais, on comprendra que je n’ai pas hésité une seconde avant de le glisser dans mon cabas à roulettes(1).

Quelques jours plus tard j’ai ouvert le livre, souri devant la jolie police de caractères (merci Actes Sud) et commencé à lire.

Moins de 48 heures plus tard j’ai fini le livre, en larmes.

Je ne sais pas comment prendre les choses pour vous faire comprendre pourquoi. Si je vous raconte le début de l’intrigue, une jeune fille qui cherche sa mère, chercheuse sur les éléphants disparue(2) 10 ans plus tôt, vous allez dire que ça ferait un bon mélo, et vous aurez raison. Si j’y ajoute une voyante qui a perdu son don et un ancien flic alcoolique, vous allez hurler au cliché, et je ne pourrai pas vous donner tort. D’ailleurs je ne sais pas si j’aurais lu ce livre si j’avais dû me baser sur la quatrième de couverture.

Pourtant ce roman est tellement plus qu’une énième quête des origines, usée et rebattue. C’est une histoire très forte, sur l’amour et la perte, chez les humains comme chez les éléphants. En allant chercher des avis sur ce livre, j’ai trouvé des avis dithyrambiques comme des personnes qui n’avaient pas réussi à rentrer dans l’histoire, ou qui avaient détesté la fin ; visiblement peu de gens indifférents. Pour ma part je conseille sa lecture avec une toute petite réserve : à éviter si on se sent un peu fragile au moment de la lecture, parce que ça remue profondément.

Notes

(1) oui, je vais à la bibliothèque avec un cabas à roulettes. J’ai une famille qui aime lire et pas envie de me bousiller le dos.

(2) vraiment disparue, on ne sait pas ce qu’elle est devenue ; ce que je peux détester les euphémismes au sujet de la mort qui rendent indispensables des précisions absurdes comme celle-là…

mardi 27 mars 2018

Interférences, de Connie Willis, ou que faire quand on ne peut plus penser tranquille

Couveture du roman 'Interférences' de Connie WillisJ’aime beaucoup Connie Willis pour sa capacité sans faille à traiter des sujets plutôt étiquetés science-fiction (voyage dans le temps, télépathie) en y balançant des personnages en trois dimensions, imparfaits et joyeux. Voilà pourquoi, quand j’ai vu Interférences sur l’étagère des nouvelles acquisitions de ma médiathèque, j’ai bondi dessus avec la grâce de Tigrou.

Tout se passe dans un futur proche. Briddey a une vie survitaminée : un travail dans une boîte de télécommunications où radio couloir fonctionne très (trop) bien, une famille étouffante qui la bombarde de messages et s’inquiète si elle met plus de dix minutes à y répondre. Un jour, elle accepte de subir avec son petit ami, Trent, une opération chirurgicale supposée renforcer leur lien émotionnel. Or, quelques heures après l’opération, elle découvre qu’elle est connectée à quelqu’un d’autre, et ce n’est que le début de ses soucis.

J’ai lu le bouquin en deux jours, avec un grand plaisir, et le sentiment de découvrir quelque chose qui sort du moule. Ce n’est pas un roman de science-fiction classique, ce n’est pas non plus un roman feel-good classique, c’est un hybride qui fonctionne très bien, qui permet d’aborder les questions très actuelles de l’intimité, du caractère choisi ou subi de l’utilisation de nos téléphones portables, de la nature de nos connexions aux autres humains, mais le tout sur un ton de comédie, ce qui est très appréciable (les questions sérieuses sur fond de dystopie étouffante, c’est bien de temps en temps, mais au bout d’un moment ça plombe le moral). Bref, j’en recommande la lecture à tous ceux qui ont envie de se plonger la tête dans une histoire drôle et pas bête.

lundi 5 mars 2018

Nickel chrome !

Earrings by Petar Petkovski
Earrings by Petar Petkovski

Il y a quelques mois, des rougeurs au niveau des oreilles m’ont fait craindre une allergie au nickel. Les semaines qui ont suivi, je n’ai porté que les paires de boucles d’oreilles dont j’étais sûre qu’elles n’en contenaient pas, la vendeuse me l’ayant assuré. Après avoir quelque peu procrastiné, j’ai fini par acheter le petit kit qui me permettrait de tester toutes mes boucles d’oreilles, pour me débarrasser de celles qui contiendraient du nickel.

Je me suis installée dehors, pour éviter de trop respirer les produits chimiques du test, et j’ai étalé sur la table de jardin les bijoux incriminés. Le contrôle est assez amusant à faire ; il faut mélanger sur un coton-tige quelques gouttes de chaque produit, et frotter ledit coton sur la surface à tester pendant une trentaine de secondes. La solution vire au rose en présence de nickel.

J’ai mélangé soigneusement, frotté méticuleusement.

Heureusement pour moi qui adore les boucles d’oreilles, très peu de mes bijoux chéris contenaient du nickel, et sur les quelques paires qui ont réagi la plupart permettaient sans souci de récupérer le bijou en changeant seulement le fermoir.

Encore plus heureusement pour moi, je ne suis pas allergique au nickel. Parce que les boucles qui ont fait réagir le produit le plus rapidement étaient justement celles que j’avais portées pendant des semaines avant de faire le test.

jeudi 15 février 2018

Un soir

Sur la scène il y a des instruments : à gauche un piano, à droite un violoncelle, une clarinette, un hautbois. Les lumières s’éteignent dans la salle, s’intensifient sur la scène et trois femmes entrent, s’installent, piano, violoncelle, clarinette. Elles se mettent à jouer, le son est beau. Puis s’avance une femme aux cheveux rouges comme la vie, l’amour et la colère. Elle marche doucement, et commence à chanter.

Elle chante l’amour. Elle chante la colère. Elle chante la drôlerie, parfois grinçante, et toutes sortes de dignités. Elle nous offre des calamars à l’harmonica.

Cette femme, c’est Anne Sylvestre, une des chanteuses les plus douées de sa génération, une autrice/compositrice d’un talent immense, une femme qui est si présente sur scène qu’on sent qu’on vit quelque chose avec elle, bien au-delà du spectacle bien léché. Avec elle, chacun sent qu’il a une âme, et on voit la beauté de la sienne.

Sa tournée démarre tout doucement (apparemment peu de salles pour lui faire confiance, je ne le comprends pas) ; si elle passe tout près de chez vous, ruez-vous sur les places, et si elle n’y passe pas, vous pouvez vous consoler en écoutant le magnifique Florilège qu’elle a sorti pour fêter ses 60 ans de chanson.

mercredi 3 janvier 2018

Reprendre

Hard Work, by Andrew Neel (Unsplash)
Hard Work, par Andrew Neel

En septembre, j’ai repris mes études. 

Il y a une petite quinzaine d’années, j’ai quitté la fac, avec un diplôme qui me permettait d’exercer le métier que je visais, avec plein d’espoir et d’allant. J’y reviens aujourd’hui, dans les mêmes locaux, avec des années en plus, des enfants en plus, et je vise un métier différent. Non que le premier m’ait déçue , non. Mais la difficulté de trouver un autre emploi alors que je m’encroûtais dans celui où j’étais, mais l’envie de faire autre chose, de développer des qualités en moi que je ne soupçonnais pas il y a quinze ans, tout cela m’a poussée à faire un nouveau choix. 

Retrouver la fac, dont les locaux n’ont pas beaucoup changé, et où il fait toujours aussi froid l’hiver. Au début j’ai ressenti des émotions très fortes et un peu étrangères à ce que je vivais, j’ai fini par comprendre que c’était l’effet madeleine, que retrouver presque identiques les lieux où j’étais quand ma mère est morte, puis quand j’ai rencontré mon homme, tout cela faisait remonter à la surface des souvenirs ressentis plus que pensés. 

Retrouver la fac et ses contraintes, auxquelles je ne peux plus répondre comme il y a quinze ans ; une vie de mère et de femme amoureuse n’est pas une vie de jeune femme amoureuse. Il a fallu trouver de nouvelles réponses aux questions que je connaissais déjà, de nouvelles façons de travailler. 

Retrouver la fac et rencontrer des jeunes. C’est drôle parce que je suis sûre qu’il y a quinze ans la fac était fréquentée par des gens, rien de plus, et maintenant c’est bourré de jeunes. Heureusement que beaucoup d’entre eux supportent joyeusement mes cheveux blancs et mon humour de traviole. 

Retrouver la fac, pour un an au moins. Éspérer en sortir avec un autre diplôme, en route pour un autre métier. Croire que je pourrai y trouver de la joie et en donner aussi. Penser que les chemins les plus droits ne sont pas forcément les meilleurs. 

vendredi 29 décembre 2017

Le thé

Teapot by 童 彤
Teapot by 童 彤 

Les boules à thé, c’est mon père qui les a choisies pour moi il y a bien longtemps. 

La théière est arrivée dans un joli paquet porté par ma sœur.

On m’a offert le thé l’année dernière. 

Les tasses sont presque toutes des cadeaux. 

Il ne manquait que la petite soucoupe pour poser la boule à thé, celle que j’ai trouvée bien emballée à Noël : aujourd’hui mon thé n’est plus que gratitude. 

mercredi 27 décembre 2017

La Promesse de l'aube, de Romain Gary

Est-ce que ça vous dit de suivre un fils sur son chemin chaotique avec sa mère, une femme si portée par ses rêves, si sûre que son fils sera un grand homme, que le garçon est à la fois transporté lui aussi et étouffé par ce volume immense d’attentes sur ses épaules ? De lire le récit de sa vie à lui, un peu romancée bien sûr, avec des pointes d’humour juste là où il faut pour que son histoire ne soit pas complètement désespérée ? 

Braves gens, si c’est le cas, n’allez pas plus loin. Dans La Promesse de l’aube, Romain Gary raconte sa vie dans le désordre. Son enfance en Pologne où sa mère, déjà, rêvait de la France et le voyait déjà diplomate, artiste. Son adolescence à Nice où les choses n’ont pas été pas aussi faciles pour un petit juif de l’Est que sa mère l’avait pensé. Son entrée dans l’armée juste avant la seconde guerre mondiale, ses pérégrinations après la défaite française. Tout est passionnant, tout est bien écrit, c’est un bouquin qui m’a fait manquer ma station de métro et m’endormir bien plus tard que prévu (je ne crois pas qu’on puisse faire de meilleur compliment). 

C’est aussi un livre qui m’a fortement rappelé le personnage de Chabotte dans La Petite marchande de prose de Daniel Pennac (je ne vais pas vous dire pourquoi pour ne pas vous gâcher l’une ou l’autre histoire), je me demande si c’est voulu ou pas (je pense que oui).

Je suis tombée sur La Promesse de l’aube par hasard, sans savoir qu’on l’avait adapté au cinéma. Je ne compte d’ailleurs pas aller voir le film, parce que je ne crois pas que ce genre de livre ait grand-chose à y gagner. Par contre, je vous recommande sa lecture sans réserve, et je compte bien trouver d’autres ouvrages de Romain Gary pour savoir si tout est aussi bon. 

vendredi 1 décembre 2017

Les chaînes pour chaussures, ou À pas de yak

Là où je vis, l’hiver 2012-2013 a été particulièrement neigeux. La neige est tombée souvent, et des températures basses l’ont préservée sur les trottoirs, martelée par des milliers de pieds, verglacée au possible. Pendant les semaines de janvier où il a fait le plus froid, la neige n’a pas été la seule à choir.

C’est après ma troisième chute, alors que j’employais un langage vigoureux au sujet du climat hivernal et des gens qui ne déneigent pas leur trottoir, qu’une bonne âme m’a informée de l’existence d’un machin dont je n’ai pas trouvé le nom officiel (en a-t-il un ?) et que j’ai instantanément décidé d’appeler des chaînes pour chaussures.

photo des chaînes pour chaussures

C’est une structure en plastique souple à adapter sur ses chaussures. En-dessous, deux croix entourées d’une spirale en acier sur laquelle on marche. Je m’en sers à chaque chute de neige depuis début 2013, et voilà ce que j’en pense.

Je les ai testées en ville, sur de la neige fraîche, de la neige verglacée, et sur un verglas peu épais mais très glissant (suite à une pluie verglaçante qui avait transformé les trottoirs en miroirs). À chaque fois, je n’en ai pas cru mes pieds. La spirale en acier mord sans problème dans la glace, et on marche normalement. Pas de chute, pas de douleur aux cuisses ou au dos à force de se tenir comme un pingouin. Le gros avantage de ces engins comparés à des crampons est qu’ils ne s’abîment pas quand on marche sur un trottoir déneigé. On les sent un peu, mais ce n’est pas très gênant.

Ils sont simples à mettre sur ses chaussures. Il faut juste poser le côté avant sur le devant du soulier puis tirer sur l’arrière pour les passer derrière le talon (il en existe plusieurs tailles, chaque taille correspond à plusieurs pointures). Ils s’enlèvent aussi très facilement, et c’est un point important. En effet, ce qui est très pratique sur la glace et peu dérangeant sur le bitume devient casse-gueule sur le carrelage, il faut donc les enlever avant d’entrer dans un bâtiment.

J’ai porté mes bidules sur des bottines et des baskets. Les baskets m’ont semblé plus confortables ; avec une semelle souple, on sent moins la spirale sous ses pieds quand on marche sur terrain dégagé. Évidemment, l’avantage va tout de même aux bottines en cas de grosse couche de neige.

Les chaînes pour chaussures ont trouvé leur place dans mon sac, et ne le quitteront pas tant que je n’aurai pas besoin de les remplacer par des lunettes de soleil. La manœuvre inverse se fera sans doute fin octobre. La marque des miennes est Yaktrax, mais je pense qu’il existe des alternatives. Maintenant, à vous de jouer pour sauver vos coccyx !

lundi 18 septembre 2017

Désorientale, de Négar Djavadi

couverture du livre 'desorientale'

Aucune unité de temps, de lieu ou d'action ; j'aime autant vous dire que si ce roman était une pièce de théâtre à l'époque où on les aimait classiques, elle aurait été huée. Fort heureusement, ce n'est pas le cas, et me voici en train de vous parler d'un coup de cœur. 

Kimiâ est née en Iran, et nous la rencontrons dans la salle d'attente de l'hôpital Cochin, service PMA. Elle "profite" du retard pour partager avec nous sa vie, et quand je dis sa vie, n'allez pas croire que nous remontons seulement à sa naissance ; tout commence avec ses arrières-grands-parents... Un récit qu'elle tient de son Oncle Numéro 2. 

Il est question dans ce livre joyeusement désordonné de l'Iran bien sûr, de l'Europe un peu, des hommes, des femmes, de leur engagement politique et de leur vie sexuelle. On virevolte d'une époque à une autre, du tragique au tragi-comique. Le style est excellent, le contenu très intéressant, bref, comme souvent avec les romans que je vous recommande, le vrai problème est d'arriver à le poser momentanément quand la vie tangible nous y appelle... 

mardi 11 juillet 2017

La pendule

Tout a commencé très doucement. Devant mes yeux sont tombés deux ou trois rouages. Intriguée, je lui ai demandé des explications.

"On ne va pas en faire une pendule."

Au début ils n'étaient pas bien gênants, ces rouages. Puis ils se sont multipliés, et les ressorts sont apparus. Bientôt sur mon bureau il y avait un monceau de pièces en métal, au moindre faux mouvement ils me blessaient. Mon travail devenait difficile. Je suis allée lui en parler, bien sûr.

"On ne va pas en faire une pendule."

Plus tard sont venues les aiguilles. Dures à ignorer. Il disait que j'en faisais trop, que je comprenais mal, qu'il ne s'agissait pas vraiment d'horlogerie. Toujours la même phrase : "On ne va pas en faire une pendule."

Enfin j'ai vu choir en face de moi le cadran, le boitier.

Il y avait, enfin, de quoi en faire une pendule. Aussitôt que je l'ai assemblée, elle a sonné l'heure de tirer ma révérence.

J'ai écrit ce texte sur un thème des Impromptus Littéraires.

dimanche 14 mai 2017

Aller méditer ailleurs

Il y a quelques mois que je me suis lancée dans la pratique méditative, avec l'aide d'une application pour portable très basique qui fait des gongs et des glouglous pendant une durée donnée, et de CDs. Puis, sur les conseils de plusieurs personnes, j'ai installé une nouvelle appli de méditation sur mon téléphone portable. Celle-ci propose quelques méditations guidées gratuites, puis un abonnement pour accéder au reste. J'ai téléchargé les premières méditations gratuites parce que je mets toujours mon portable en mode avion quand je médite.

Dans la semaine qui a suivi, j'ai fait une méditation par jour avec la nouvelle appli. J'ai trouvé la voix agréable et le contenu plutôt bien pensé, j'ai seulement un peu tiqué en constatant que le nom du programme était presque systématiquement cité dans le texte de la méditation. Je suis arrivée au bout des méditations gratuites, et j'ai commencé à peser le pour et le contre de l'abonnement.

J'y réfléchissais encore un soir de cette semaine, quand j'ai refait une des méditations gratuites en oubliant d'enclencher le mode avion.

Le lendemain j'étais bombarbée de mails de l'application, mails enclenchés automatiquement dès que l'information était arrivée que j'avais suivi la première méditation, puis la Xième, puis la dernière gratuite.

Je n'aime pas qu'on récupère mes données. J'aime encore moins qu'on le fasse dans le cadre d'une application payante (ce n'était pas encore le cas, mais je ne me fais aucune illusion ; on n'allait pas arrêter de me pister quand j'aurais commencé à payer). Et trouvez-moi naïve si ça vous chante, mais je m'attendais à mieux côté déontologie de la part d'une application de méditation. Autant vous dire que je vais aller méditer ailleurs, plus spécifiquement avec l'aide de mes bons vieux CDs et de mon appli à glouglous, qui a la décence de me demander mon avis avant d'enregistrer quoi que ce soit.

samedi 22 avril 2017

Avoir un bon toubib

J'ai l'immense chance d'avoir un médecin traitant formidable, et la petite malchance de devoir fréquenter des spécialistes pour mes enfants qui ont des allergies. Je tiens donc à hurler ma joie d'avoir rencontré une allergologue qui a pris le temps de :

  • Parler à mon fils (pas tout à fait 3 ans), lui raconter une petite histoire pour le distraire en regardant bien ses réactions pendant une procédure un peu désagréable (prick test, pour les connaisseurs),
  • Lui filer plein de jouets, de feutres et de tampons pendant qu'on attendait le résultat du test et, au lieu de nous mettre dans la salle d'attente, en profiter pour m'expliquer l'urticaire et l'eczéma comme on ne me les avait jamais expliqués, avec des dessins et des questions,
  • Effacer elle-même les traits de stylo du test sur le bras de mon fils après la lecture,
  • Relire son ordonnance point par point avec moi, en vérifiant que j'avais bien compris dans quel cas utiliser quel médicament.

Un soignant qui traite les enfants comme les personnes qu'ils sont, et qui fait tout ce qu'il faut pour que les parents comprennent le schmilblick, ça fait vraiment du bien, et ça mérite d'être dit et applaudi.

jeudi 30 mars 2017

Perspective en béton (une fantaisie)

Dans ma ville ensoleillée

De gros blocs gris ont germé ;

Ils doivent nous protéger

De voitures forcenées.

Je préfère imaginer

Qu'un gigantesque bébé

De ces cubes s'est lassé

Et les a abandonnés

Au mileu de la cité

Créée par sa sœur aînée.

mercredi 22 mars 2017

Le Bullet Journal à la cool

Comme à peu près la moitié des internautes, j'ai commencé un Bullet Journal il y a un an et demi. Comme une proportion légèrement inférieure de ces internautes, je le tiens toujours avec autant de bonheur ; j'ai trouvé la formule qui correspond à mon besoin d'organisation pour le moment, la bonne balance entre "suffisament léger à tenir" et "utile". Voici à peu près à quoi mon Bullet Journal ressemble. 

C'est un cahier A5 ligné à spirales (certaines personnes ne peuvent pas supporter les spirales, moi je ne peux pas faire sans : les spirales me permettent d'avoir toujours un support assez épais pour écrire, même sur les pages de gauche en début de carnet ou les pages de droite en fin de carnet). J'ai numéroté les pages manuellement. 

J'y écris avec des stylos effaçables (pilot frixion et uni-ball fanthom). J'aime beaucoup pouvoir corriger quand c'est nécessaire en gardant un aspect correct.

Au début du carnet, très logiquement, l'index, THE place to be si on veut retrouver son information. 

Ensuite, une série de listes, que je mets à jour quand le besoin s'en fait sentir. 

D'abord, une liste de choses à faire. Dans la version "de base" du Bullet Journal on en fait une par jour, c'est beaucoup trop lourd pour moi ; j'en crée une par semaine. Chaque ligne commence par un petit carré que je coche quand la tache est effectuée, ou à côté duquel je dessine une petite flêche quand elle est reportée. 

J'ai une liste de livres/magazines que j'ai repérés, intitulée, de manière très originale, "à lire", ainsi qu'une liste de films ou séries qu'on m'a recommandés, que j'appelle, de manière tout aussi dingue, "à voir". Je rajoute une petite coche en fin de ligne, en couleur, quand j'ai trouvé et lu/vu son contenu. 

J'ai également un inventaire de livres lus, de films et séries vus, avec une répartition par mois. J'essaye d'ajouter à chaque fois quelques mots sur ce que j'en ai pensé.

Je garde une page pour les "grands" projets de l'année. 

Enfin, ma liste préférée, celle des joies ; j'essaye de me poser chaque soir pour noter au moins une chose qui m'a fait plaisir. C'est un bon exercice pour penser positif. 

Je tiens aussi depuis quelques mois une page de trackers, assez simple ; je sais que je ne tiendrais pas sur la longueur une comptabilité précise du type nombre de verres d'eau bus ou nombre de pas effectués (à vrai dire je n'en verrais pas l'intérêt), je note donc uniquement, tous les jours, si j'ai lu, regardé la télévision, fait du sport, médité, ou si je suis sortie (hors travail). Je fais une simple coche dans la case pour "oui" (et rien pour "non") ; rapide et efficace.

Les listes "en cours" sont marquées grâce à des petits signets repositionnables de différentes couleurs. 

La dernière page du carnet contenant une pochette, j'y ai glissé mes réserves de signets et un beau marque-page plastifié qui me sert de règle pour souligner les titres ou tracer les tableaux des trackers. 

Mes rendez-vous et mon planning sont toujours dans un agenda (papier), je m'y retrouve mieux comme ça. 

Le Bullet Journal a pour moi de nombreux aspects positifs. 

Établir une liste de tâches à accomplir toutes les semaines me permet d'être plus sereine (je me sens mieux avec des objectifs bien définis). Cela m'a aussi poussée à diviser les tâches un peu lourdes ("faire refaire un passeport" par exemple) en tâches plus légères ("faire des photos", "télécharger le formulaire", "demander un extrait de naissance"...). La montagne en parait plus facile à gravir, et chaque effort accompli plus gratifiant. 

Les trackers d'habitudes m'ont permis de prendre conscience desdites et de réduire, par exemple, le nombre de soirées que je passais devant la télévision.

Noter ce que j'ai envie de lire/regarder à un seul endroit (dans un carnet - avec index - que j'ai presque toujours sous la main) me permet de savoir où chercher quand je suis à la médiathèque, ou qu'on me demande ce qui me ferait plaisir pour mon anniversaire. Auparavant je n'avais jamais la bonne liste sur moi quand j'en avais besoin (je prenais des notes soit dans un carnet tellement brouillon qu'il était impossible de s'y retrouver, soit en remplissant une wish-list en ligne, pas pratique pour y accéder ensuite). 

J'aime relire les titres de livres lus pour me rappeler du plaisir que j'ai eu à les lire. 

Les listes de joies, elles, sont de vrais trésors en cas de cafard. 

Si je résume, le Bullet Journal me permet à la fois d'être plus organisée (donc plus tranquille) et, en prenant conscience de ce que j'accomplis, de m'en sentir fière ; on ne s'étonnera donc pas que je continue à l'utiliser maintenant que la grand-mode en est passée.

lundi 27 février 2017

Les singuliers, de Anne Percin

couverture du roman 'les singuliers' de Anne Percin

Hugo est parti en Bretagne pour peindre. Il est loin d'être le seul ; cet été-là, Pont-Aven pullule d'artistes qui cherchent un nouvel élan, une nouvelle manière d'exercer leur art. Là-bas, il échange des lettres avec Hazel, sa cousine, artiste elle aussi, et son meilleur ami Tobias, qui travaille la noirceur.

Hazel lutte contre les préjugés machistes qui l'empêchent d'atteindre la reconnaissance de son art. Tobias combat une maladie qui le met à terre à chaque occasion. Quant à Hugo, il bataille contre ses doutes.

Je connaissais Anne Percin pour ses romans jeunesse, je la découvre auteur pour adulte, et quel auteur... Les lettres qui constituent ce livre dessinent des portraits singuliers (vu le titre, on se serait douté que c'était le but, il est parfaitement atteint). Loin de certains romans épistolaires où tous les personnages ont la même voix, au point qu'il arrive au lecteur de ne plus savoir qui écrit la missive qu'il est en train de lire, Anne Percin donne à chacun sa manière de s'exprimer et d'être au monde. Je n'ai pas vu passer le temps entre la couverture et la dernière page ; j'en ai raté deux fois ma station de métro. Bref, si vous avez envie de lire un texte plein de souffle, de rage et de beauté, foncez sur Les singuliers.

vendredi 20 janvier 2017

Le café retrouvé

Il posa son doigt sur l'interrupteur.

La petite lumière rouge et le ronronnement de la cafetière répondirent à son geste.

Il sourit franchement.

Quand il est arrivé dans ce bureau, on y faisait le café tout les matins. Tout le monde se retrouvait vers onze heures pour boire une eau chaude, café, thé ou infusion ; on papotait, on riait. Tout n'était pas rose au boulot, loin de là, mais l'équipe se serrait les coudes.

Du temps a passé. Changement de chefs. Transition dure. Tout le monde en a pris pour son grade, individuellement. On a arrêté d'allumer la cafetière le matin, parce que le café finissait dans l'évier : chacun buvait nerveusement de l'instantané dans son coin. Il s'est dit que c'était dommage, mais que c'était comme ça, il faudrait bien faire avec. Ou plutôt sans.

Pourtant après des mois très pénibles, ses collègues ont recommencé à se parler. Doucement au début, quelques phrases le matin là où il n'y avait plus qu'un "bonjour, ça va" qui n'attendait pas de réponse. Puis, à la faveur de l'embauche d'une personne joyeuse, les fous rires sont revenus. Enfin, un jour, "pourquoi on ne se sert plus de la cafetière, au fait ?"

Il regarda le café couler. Les collègues viendraient bientôt le partager.

Texte rédigé à partir d'un thème des Impromptus Littéraires.

lundi 16 janvier 2017

La cote 400, de Sophie Divry

cote_400.jpg

Un lecteur s’est endormi dans une bibliothèque ; on a fermé sans le voir, il a passé la nuit dans la salle de lecture. Au matin il est (très petitement) secouru par une bibliothécaire qui lui offre du café mais refuse de le laisser sortir avant l’heure d’ouverture. Elle se lance dans un monologue désorienté qui part de Melvil Dewey(1) pour arriver à l’amour, en s’offrant des détours par un nombre de sujets assez ahurissant.

La cote 400 compte une petite centaine de pages, que je conseille de lire d’une seule traite, comme cette femme semble parler d’un seul souffle, sans laisser à son interlocuteur le temps de reprendre le sien. C’est un roman drôle, touchant, bizarre, une expérience de lecture assez rare ; je n’en attendais pas moins de Sophie Divry vu ses interventions aux Papous.

C’est Lizly qui m’a offert ce petit bouquin complètement barré ; merci !

Note

(1) l’inventeur de la classification qui porte son nom.

jeudi 12 janvier 2017

S'habiller

J'ai une histoire assez compliquée avec les vêtements. Je ne suis pas quelqu'un de très visuel (comprendre que si quelqu'un va mal, je le saurai à sa voix plutôt qu'à sa mine) et je ne me trouve pas très jolie, à la base. Faire des efforts pour être, sinon bien, au moins pas trop mal habillée m'a longtemps paru être une authentique perte de temps. L'idée que ses choix vestimentaires envoient un message, je la comprends intellectuellement, mais je la ressens difficilement. Autant dire que je reviens de loin.

Il y a un an à peu près, une copine m'a donné deux conseils que j'ai appliqués depuis, et auxquels j'ai ajouté un troisième. Avec tout ça, je ne dirai pas que je suis à la pointe de la mode (tant mieux, ce n'est pas mon but) mais je ne fais presque plus d'erreurs d'achats, j'ai fait du tri dans mes placards et je me sens mieux dans mes vêtements.

Son premier conseil : puisque son apparence envoie un message, on peut penser en amont au message qu'on a envie d'envoyer. Pour ça, une liste d'adjectifs marche bien pour moi : vouloir avoir l'air créative, originale, joyeuse, sérieuse... On peut aussi se faire plusieurs listes selon les occasions (boulot ou non par exemple). Une fois qu'on a trouvé les quelques mots qui nous vont bien, regarder soigneusement le vêtement (maquillage, accessoire) qu'on a envie d'acheter (ou celui qu'on a pris dans son armoire en se demandant si ça vaut la peine de le garder) et se demander si, en le portant, on aura l'air (insérer ici la liste qui convient). Si la réponse est non, il y a de grandes chances que l'acheter (ou le garder) ne serve à rien ; il va probablement finir ses jours dans le placard.

Son deuxième conseil : essayer. Celui-là se décline en deux parties. La plus évidente, ne rien acheter sans l'essayer (et faire pareil lors des tris chez soi). Pour moi, j'ai quasiment renoncé aux achats de vêtements en ligne. Elle a résolu le problème différemment : elle a une carte de paiement différé, commande des tonnes de fringues, les essaye tranquille chez elle et renvoie les trois quarts. Dans tous les cas, l'idée est toute simple, il s'agit de se dire que ce qui est beau sur un cintre ou sur un mannequin ne le sera pas forcément sur soi : question d'allure générale, de morphologie... On se fiche que la tenue soit jolie dans l'absolu si dedans on a l'air d'un sac. Donc on essaye, on se regarde en pied, et on se reporte à la liste définie au premier point. C'est aussi valable pour les accessoires : dans l'absolu j'adore les sautoirs, dans la plupart des cas ça me va comme un tutu à une vache normande. On profite aussi de l'essayage pour bouger un peu, ça ne sert à rien de porter de beaux habits si on ne se sent pas bien dedans.

La partie du conseil la moins évidente, et pourtant tout aussi essentielle, est qu'on peut aussi essayer des choses qui ne nous disent rien à première vue. J'ai été très surprise un jour en enfilant un pull à l'allure franchement mémère sur son cintre, mais dont j'aimais la couleur ; sur moi, il est fabuleux, un très bon achat.

À ces deux conseils qui ont changé ma façon de m'acheter des fringues, j'en ajouterai un troisième, faire confiance aux gens qui nous connaissent et qui nous aiment. Aller faire ses choix avec ceux qui tiennent vraiment à nous et sauront voir ce qu'on ne voit pas. Mon écharpe favorie est un cadeau d'une copine, un de mes sacs préférés (que je n'aurais jamais choisi et qui me va pourtant à la perfection, apparence comme usage) vient de ma sœur, les boucles d'oreilles que je porte le plus souvent m'ont quasiment toutes été offertes. Quand on a du mal à porter sur soi-même un regard d'amour, on peut parfois compter sur les autres. Et ça fait un bien fou.

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