samedi 25 mai 2019

Fête des mères et école, un mélange détonnant

La fête des mères n’est pas une joie pour moi ; je n’ai pas envie d’être célébrée en tant que mère, et si mes enfants ont envie de me faire des cadeaux, ils peuvent le faire à mon anniversaire. Ça, ça me regarde. Mais la manière dont l’école traite la fête des mères (ou des pères) nous regarde tous, parents ou non, en tant que société.

Actuellement, dans la plupart des écoles (autour de chez moi en tout cas), fabriquer un cadeau pour la fête des mères n’est pas une option pour les enfants, c’est une obligation.

À partir de cette simple observation, on peut dire beaucoup de choses.

D’abord que tous les enfants n’ont pas la chance d’avoir une mère vivante et aimante, et que forcer un enfant que sa mère maltraite, un enfant que sa mère a abandonné ou un enfant dont la mère est morte à faire un cadeau de fête des mères est moralement plus que douteux (ne me dites pas que ça n’arrive jamais, je l’ai vu de mes yeux vu, et plus d’une fois ; en ce qui concerne la maltraitance ou l’abandon, les professeurs ne sont pas toujours au courant, et certains parmi ceux qui le sont préfèrent tout de même faire travailler l’élève concerné comme les autres parce que “c’est plus simple”).

Le niveau d’absurdité atteint quand on oblige un enfant qui a deux pères à écrire à l’un d’entre eux “Maman tu es la plus jolie” ne mérite sans doute pas d’être souligné.

Ensuite, même quand tout va bien dans une famille où une mère est présente, forcer un enfant à déclarer son amour pour sa mère à un moment bien précis, et d’une certaine manière et pas d’une autre, est pour le moins étrange. De quel droit les enseignants se mêlent-ils de nos relations ? Cette année, on a menacé mon fils de le punir parce qu’il préférait écrire un texte à sa façon plutôt que selon le procédé que l’enseignante avait choisi(1). Dans l’absolu je peux comprendre le professeur qui a son projet d’écriture et n’a pas forcément envie de l’adapter aux désirs de chaque enfant, mais pourquoi y mêler les parents dans ce cas ? Autant faire écrire à partir d’un sujet imaginaire.

En ce qui me concerne, les seuls cadeaux qui me font plaisir sont ceux qui viennent du cœur ; quelque chose que mon enfant a été forcé de faire, forcé de faire à ce moment-là, forcé de faire de cette manière-là, est tout sauf un élan du cœur. C’est un devoir que des enseignants ont déguisé en acte d’amour. Je préférerais qu’ils n’en fassent rien.

Notes

(1) d’ailleurs, le choix de mon fils me plaît beaucoup plus que celui de la maîtresse, il me connaît bien.

dimanche 3 mars 2019

Les cartons

Ils sont venus un matin, et ils ont tout emporté.

Deux ans que je me disais que je devais les appeler, que le nombre de cartons qui s’entassaient dans la maison croissait joyeusement, que les vêtements enfantins trop petits qu’ils contenaient ne servaient à personne et que c’était triste.

Il y a deux semaines, enfin, j’ai appelé. Vu le volume que j’avais à proposer, ils n’ont fait aucune difficulté pour se déplacer.

Ils sont venus, et ils ont tout emporté.

Je m’attendais à ressentir du soulagement à l’état pur, une grande joie de voir l’espace dégagé ; ce ne fut pas le cas. Au soulagement indéniable se mêla un peu de chagrin de voir partir les fidèles compagnons qui avaient jadis protégé mes enfants du froid.

Alors, en donnant un coup de main aux gars qui les portaient jusqu’au camion, je leur ai silencieusement souhaité bon vent, continuez à faire votre boulot et à couvrir d’autres petits que les miens.

vendredi 22 février 2019

Comment fabriquer un cerceau pour stabiliser son ballon de gym avec des matériaux de récupération

Je ne sais pas vous, mais moi, pour éviter d’ankyloser mon auguste postérieur quand je passe du temps assise à travailler, je le pose sur un ballon de gym (on dit aussi swiss ball, c’est vous qui voyez), bref un machin comme ça.

image d'un énorme ballon qui sert de siège

Or, si une chaise de bureau classique reste où on l’a posée, ce n’est pas le cas d’un ballon, qui a tendance à rouler, surtout si le sol n’est pas très plan (c’est le cas chez moi). C’est gênant, voire dangereux quand on a un radiateur électrique (le plastique ayant une sale tendance à mal supporter la chaleur intense).

Il me fallait donc de quoi bloquer mon ballon ; j’ai demandé conseil à Mastodon. La merveilleuse Maïa m’a suggéré un cerceau, et le formidable Notabene, appuyé par l’épatante Shaya, m’a informée de l’existence de bidules faits exprès pour caler son ballon de gym quand on ne s’en sert pas. C’était intéressant mais je n’avais pas envie d’acheter un objet si je pouvais en bricoler un facilement, ce qui était le cas.

image d'un rouleau de gaine électrique

J’ai donc foncé chercher un reste de gaine électrique. Celle que j’avais mesurait à peu près 15 millimètres de diamètre : vous pouvez prendre plus gros, mais pas plus fin, le produit final ne serait pas un obstacle très efficace pour empêcher votre ballon de rouler.

J’ai coupé (avec une pince coupante) un morceau de 140 centimètres de long environ (ceci pour obtenir un diamètre de 45 centimètres). J’ai collé les deux extrémités ensemble avec du scotch électrique très serré.

image d'un rouleau de scotch électrique

J’ai obtenu exactement ce que je souhaitais : un cerceau d’environ 45 centimètres de diamètre à poser sous mon ballon, pour l’empêcher de rouler quand mes fesses n’y sont pas. À moi la tranquillité d’esprit (rapport au radiateur) et la stabilité ballonnière, le tout sans débourser un centime.

Elle n’est pas belle, la vie ?

jeudi 1 novembre 2018

Si tu ne viens pas à la pub, la pub ira à toi

Je ne suis pas une grande fan de la pub en général. Sa présence dans l’espace public est pour moi pollution visuelle (c’est souvent laid), mentale (je n’aime pas qu’on me ramène sans arrêt à mon statut de consommatrice, et j’aime garder tranquille mon espace cérébral), sonore parfois (à la radio, elle contamine maintenant jusqu’aux podcasts de France Inter, ce qui a réduit mon usage desdits au minimum).

Depuis l’irruption des écrans vidéos de pub dans les villes, la pollution visuelle et mentale augmente (car un objet mouvant attire l’oeil bien plus qu’un immobile) et je ne parle même pas de la consommation électrique de ces monstres.

Je râlais déjà comme un putois en les voyant envahir les rues, les stations de métro, les centres commerciaux, projetant des publicités parfois choquantes pour les enfants (coucou la bande annonce de Venom par exemple) en pleine journée.

Je râlais encore plus en voyant la SNCF nous en coller dans les trains, profitant d’un public qui ne risque pas de quitter son siège ; pourtant, vous je ne sais pas, moi je paye mon billet en euros, pas en temps de cerveau disponible.

Mais je crois que j’ai atteint le summum en termes d’invasion en allant au cinéma ce week-end. Avant la séance, je suis passée aux toilettes. Je suis entrée dans un box, me suis déculottée, ai fait un bond jusqu’au plafond en voyant quelque chose bouger dans mon champ de vision. Il ne s’agissait pas d’une personne, non : simplement, en France, en 2018, les écrans de pub viennent te chercher jusque dans les chiottes.

lundi 23 juillet 2018

Petits bonheurs de rangement en bibliothèque

  1. Mettre de la musique et ranger en se trémoussant et en chantant
  2. Rire bêtement en rangeant des cotes “ASS” ou “CUL” (oui, j’ai le ricanement bilingue)
  3. Murmurer “Eviv Bulgroz” devant une cote “ZOR”
  4. Faire avec ses collègues le concours du titre le plus bizarroïde
  5. Ranger à la perfection un rayon très dérangé
  6. En profiter pour désherber un peu
  7. Finir une rangée, demander au collègue le plus proche “on fait quoi maintenant ?” et entendre “ça y est, on a fini !”
  8. Contempler son travail avec le sentiment du devoir accompli : ici l’usager trouvera ce qu’il cherche. Au moins jusqu’à demain.

mercredi 20 juin 2018

Comment personnaliser un fichier son pour la méditation

Je vais vous expliquer comment modifier un fichier son pour y ajouter des marqueurs de temps, ce qui peut être pratique si on souhaite méditer.

Pour ce tutoriel, il va vous falloir :

  • Un fichier son long (votre son “de base” pour la méditation). Si vous n’en avez pas, pas de panique, youtube est plein de vidéos de sons de nature ou de boucles musicales pour la méditation, et en récupérer le son est facile (mais ce n’est légal que si la musique n’est pas sous copyright). Vous pouvez aussi en enregistrer vous-mêmes. Et si vous préférez méditer en silence, vous pouvez générer un fichier silencieux dans Audacity avant d’y ajouter vos marqueurs de temps (menu Générer puis Silence).
  • Un fichier son court (celui que vous voulez utiliser comme marqueur de temps).
  • Un ordinateur avec le logiciel Audacity (disponible pour windows, mac et linux). 
  • Du temps.

1. Commencez par ouvrir votre son “long” avec audacity (clic droit sur le nom du fichier, “Ouvrir avec”, sélectionner “Audacity”).

L’ouverture peut prendre un petit moment si le fichier est long, soyez patient. Si ça ne fonctionne pas et que votre fichier est au format .mp3, vous avez probablement besoin de l’encodeur lame. Quand le fichier est ouvert, voici ce que vous devriez obtenir.

A tout moment, vous pouvez zoomer en avant pour voir le fichier plus en détail ou en arrière pour passer en vision d’ensemble, en pressant la touche “CTRL” tout en utilisant la molette de votre souris, ou en ouvrant le menu “Affichage” puis “Zoom avant” ou “Zoom arrière”,

2. Ensuite, ouvrez le fichier court avec audacity, de la même manière.

Si le début et la fin du fichier son “court” vous paraissent un peu abrupts, vous pouvez les adoucir (sinon, allez à l’étape 5).

3. Sélectionnez une petite durée au début du fichier, puis cliquez sur le menu “Effet” et choisissez “Fondre en ouverture”. Cela va augmenter progressivement le volume sur la durée que vous avez choisie.

4. Faites de même avec la fin, en choisissant cette fois-ci “Fondre en fermeture” (cette fonction va réduire progressivement le son jusqu’au silence).

5. Sélectionnez tout votre fichier son court (avec la souris ou en pressant CTRL+A) et copiez-le (CTRL+C ou menu “Édition” puis “Copier”).

6. Maintenant, retournez sur la fenêtre de votre son long et ajoutez une piste audio.

7. Placez votre curseur sur la piste du bas, celle qui est vide, là où vous voulez ajouter le son court pour marquer le temps. Collez votre son court (CTRL+V ou menu “Édition” puis “Coller”).

8. Placez le curseur un peu avant le nouveau son et écoutez le résultat.

9. Si vous trouvez le nouveau son trop faible ou trop fort, vous pouvez changer son amplification : menu “Effet” puis “Amplification”. Un chiffre positif dans la première case augmentera le son, un chiffre négatif le réduira (vous pouvez aussi bouger le curseur pour obtenir le même résultat).

10. Quand vous êtes satisfait du son court, sélectionnez-le et collez-le à nouveau à chaque place du fichier ou vous voulez marquer le temps (toutes les 10 minutes, par exemple).

11. Quand vous l’avez ajouté partout où vous le souhaitiez, vous pouvez exporter le fichier en utilisant le menu “Fichier” puis “Exporter audio”. Choisissez l’endroit où vous voulez enregistrer votre fichier, son nom et le format qui vous convient dans la boîte de dialogue.

Selon le format choisi, vous aurez ou pas une nouvelle boîte de dialogue vous proposant d’ajouter des informations sur le fichier (artiste, album…) ; à vous de voir si cela vous est utile (ça peut l’être pour repérer son fichier sur un lecteur audio).

12. Je vous conseille de sauvegarder également votre projet au format “audacity” pour pouvoir y revenir plus tard si nécessaire.

13. Variation possible : si les bruits intermédiaires vous gênent pour méditer mais que vous avez tout de même besoin de marquer le temps, vous pouvez supprimer le son court et utiliser les effets “Fondre en fermeture” puis “Fondre en ouverture” sur une petite plage de temps avant et après votre marque de temps.

mercredi 13 juin 2018

Le surligneur

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Photo de Jazmin Quaynor

Quand j’étais jeune fille et que j’étudiais, je ne connaissais pas l’usage des surligneurs. Je gardais le silence en voyant d’autres étudiants les utiliser à tour de bras, mais intérieurement, je considérais ces feutres fluo comme des instruments du diable : de quoi défigurer l’ami d’entre les amis, un livre. Quel genre de sauvage fait ça ? Il y a un cercle de l’enfer réservé à ceux qui commettent ce genre de crime, non ? Attendez, je demande à Dante.

À l’époque il me suffisait de lire pour retenir ce que je souhaitais retenir, et je ne connaissais pas ma chance.

Avance rapide de quelques années, j’ai repris mes études. Je suis plus vieille qu’autrefois, je suis aussi bien moins disponible mentalement, famille oblige. J’éprouve donc plus de difficultés à retenir ce que je lis simplement en le lisant. C’est alors que je découvre à quoi sert le surligneur.

Est-ce que le surligneur est laid ? D’un point de vue strictement esthétique, je dirais toujours que oui. Mais d’un point de vue intellectuel, c’est un instrument bien plus riche qu’il n’y parait. Il permet de repérer ce qui est essentiel dans un texte, ce qu’on décide de retenir. Il permet de le matérialiser, non seulement par la couleur, mais aussi par le geste de la main sur le papier. Il permet à un livre banal de devenir son livre, celui qui a fait l’objet d’un traitement spécial, et il permet quand on y revient d’aller tout de suite à l’essentiel.

Par contre, entendonc-nous bien : le paragraphe précédent ne concerne que les bouquins qu’on possède. J’ai demandé à Dante, et le cercle de l’enfer dont je supputais l’existence ? Il est réservé aux vandales qui surlignent les livres de bibliothèque.

lundi 11 juin 2018

Le portefeuille, ou la compassion

un portefeuille
Wallet, par Charles Deluvio

Un matin, juste avant de partir de chez moi, j’ai vu un portefeuille qui traînait par terre.

J’ai pensé qu’il était tombé de mon sac, et je me suis aussitôt traitée de tous les noms. Mais ça ne va pas la tête, Anna ? Tu te rends compte de la gravité de la chose, laisser ton sac ouvert ? Et s’il était tombé en pleine rue, hein, et qu’il avait fallu faire opposition à la carte bleue, refaire faire la carte d’identité, le permis ? Ça t’aurait peut-être servi de leçon, je te jure, ce n’est pas permis d’être aussi inconséquente, sombre nouille !

La petite voix méchante récriminait encore quand je me suis penchée pour ramasser l’objet du délit, et que j’ai vu qu’il ne s’agissait pas de mon portefeuille, mais de celui de mon cher et tendre.

Aussitôt, j’ai attrapé mon téléphone pour le rassurer, le pauvre, pourvu qu’il n’ait pas remarqué que son portefeuille n’était plus dans son sac, qu’il n’ait pas eu trop le temps de flipper.

La morale de cette histoire ? Pour la compassion, ça va, par contre on dirait que l’autocompassion nécessite encore un poil de boulot.

lundi 2 avril 2018

La tristesse des éléphants, de Jodi Picoult : et mon coeur se brisa

couverture du livre 'la tristesse des éléphants'Il y a des années que j’ai noté le nom de Jodi Picoult comme “auteur à essayer”, et pendant des années je n’ai pas donné suite. Jusqu’à la semaine dernière, où j’ai vu cette jolie couverture sur l’étagère des nouveautés de ma médiathèque ; si on y ajoute une maison d’éditions que j’adore (Actes Sud) et le nom de l’auteur que je connaissais, on comprendra que je n’ai pas hésité une seconde avant de le glisser dans mon cabas à roulettes(1).

Quelques jours plus tard j’ai ouvert le livre, souri devant la jolie police de caractères (merci Actes Sud) et commencé à lire.

Moins de 48 heures plus tard j’ai fini le livre, en larmes.

Je ne sais pas comment prendre les choses pour vous faire comprendre pourquoi. Si je vous raconte le début de l’intrigue, une jeune fille qui cherche sa mère, chercheuse sur les éléphants disparue(2) 10 ans plus tôt, vous allez dire que ça ferait un bon mélo, et vous aurez raison. Si j’y ajoute une voyante qui a perdu son don et un ancien flic alcoolique, vous allez hurler au cliché, et je ne pourrai pas vous donner tort. D’ailleurs je ne sais pas si j’aurais lu ce livre si j’avais dû me baser sur la quatrième de couverture.

Pourtant ce roman est tellement plus qu’une énième quête des origines, usée et rebattue. C’est une histoire très forte, sur l’amour et la perte, chez les humains comme chez les éléphants. En allant chercher des avis sur ce livre, j’ai trouvé des avis dithyrambiques comme des personnes qui n’avaient pas réussi à rentrer dans l’histoire, ou qui avaient détesté la fin ; visiblement peu de gens indifférents. Pour ma part je conseille sa lecture avec une toute petite réserve : à éviter si on se sent un peu fragile au moment de la lecture, parce que ça remue profondément.

Notes

(1) oui, je vais à la bibliothèque avec un cabas à roulettes. J’ai une famille qui aime lire et pas envie de me bousiller le dos.

(2) vraiment disparue, on ne sait pas ce qu’elle est devenue ; ce que je peux détester les euphémismes au sujet de la mort qui rendent indispensables des précisions absurdes comme celle-là…

mardi 27 mars 2018

Interférences, de Connie Willis, ou que faire quand on ne peut plus penser tranquille

Couveture du roman 'Interférences' de Connie WillisJ’aime beaucoup Connie Willis pour sa capacité sans faille à traiter des sujets plutôt étiquetés science-fiction (voyage dans le temps, télépathie) en y balançant des personnages en trois dimensions, imparfaits et joyeux. Voilà pourquoi, quand j’ai vu Interférences sur l’étagère des nouvelles acquisitions de ma médiathèque, j’ai bondi dessus avec la grâce de Tigrou.

Tout se passe dans un futur proche. Briddey a une vie survitaminée : un travail dans une boîte de télécommunications où radio couloir fonctionne très (trop) bien, une famille étouffante qui la bombarde de messages et s’inquiète si elle met plus de dix minutes à y répondre. Un jour, elle accepte de subir avec son petit ami, Trent, une opération chirurgicale supposée renforcer leur lien émotionnel. Or, quelques heures après l’opération, elle découvre qu’elle est connectée à quelqu’un d’autre, et ce n’est que le début de ses soucis.

J’ai lu le bouquin en deux jours, avec un grand plaisir, et le sentiment de découvrir quelque chose qui sort du moule. Ce n’est pas un roman de science-fiction classique, ce n’est pas non plus un roman feel-good classique, c’est un hybride qui fonctionne très bien, qui permet d’aborder les questions très actuelles de l’intimité, du caractère choisi ou subi de l’utilisation de nos téléphones portables, de la nature de nos connexions aux autres humains, mais le tout sur un ton de comédie, ce qui est très appréciable (les questions sérieuses sur fond de dystopie étouffante, c’est bien de temps en temps, mais au bout d’un moment ça plombe le moral). Bref, j’en recommande la lecture à tous ceux qui ont envie de se plonger la tête dans une histoire drôle et pas bête.

lundi 5 mars 2018

Nickel chrome !

Earrings by Petar Petkovski
Earrings by Petar Petkovski

Il y a quelques mois, des rougeurs au niveau des oreilles m’ont fait craindre une allergie au nickel. Les semaines qui ont suivi, je n’ai porté que les paires de boucles d’oreilles dont j’étais sûre qu’elles n’en contenaient pas, la vendeuse me l’ayant assuré. Après avoir quelque peu procrastiné, j’ai fini par acheter le petit kit qui me permettrait de tester toutes mes boucles d’oreilles, pour me débarrasser de celles qui contiendraient du nickel.

Je me suis installée dehors, pour éviter de trop respirer les produits chimiques du test, et j’ai étalé sur la table de jardin les bijoux incriminés. Le contrôle est assez amusant à faire ; il faut mélanger sur un coton-tige quelques gouttes de chaque produit, et frotter ledit coton sur la surface à tester pendant une trentaine de secondes. La solution vire au rose en présence de nickel.

J’ai mélangé soigneusement, frotté méticuleusement.

Heureusement pour moi qui adore les boucles d’oreilles, très peu de mes bijoux chéris contenaient du nickel, et sur les quelques paires qui ont réagi la plupart permettaient sans souci de récupérer le bijou en changeant seulement le fermoir.

Encore plus heureusement pour moi, je ne suis pas allergique au nickel. Parce que les boucles qui ont fait réagir le produit le plus rapidement étaient justement celles que j’avais portées pendant des semaines avant de faire le test.

jeudi 15 février 2018

Un soir

Sur la scène il y a des instruments : à gauche un piano, à droite un violoncelle, une clarinette, un hautbois. Les lumières s’éteignent dans la salle, s’intensifient sur la scène et trois femmes entrent, s’installent, piano, violoncelle, clarinette. Elles se mettent à jouer, le son est beau. Puis s’avance une femme aux cheveux rouges comme la vie, l’amour et la colère. Elle marche doucement, et commence à chanter.

Elle chante l’amour. Elle chante la colère. Elle chante la drôlerie, parfois grinçante, et toutes sortes de dignités. Elle nous offre des calamars à l’harmonica.

Cette femme, c’est Anne Sylvestre, une des chanteuses les plus douées de sa génération, une autrice/compositrice d’un talent immense, une femme qui est si présente sur scène qu’on sent qu’on vit quelque chose avec elle, bien au-delà du spectacle bien léché. Avec elle, chacun sent qu’il a une âme, et on voit la beauté de la sienne.

Sa tournée démarre tout doucement (apparemment peu de salles pour lui faire confiance, je ne le comprends pas) ; si elle passe tout près de chez vous, ruez-vous sur les places, et si elle n’y passe pas, vous pouvez vous consoler en écoutant le magnifique Florilège qu’elle a sorti pour fêter ses 60 ans de chanson.

mercredi 3 janvier 2018

Reprendre

Hard Work, by Andrew Neel (Unsplash)
Hard Work, par Andrew Neel

En septembre, j’ai repris mes études. 

Il y a une petite quinzaine d’années, j’ai quitté la fac, avec un diplôme qui me permettait d’exercer le métier que je visais, avec plein d’espoir et d’allant. J’y reviens aujourd’hui, dans les mêmes locaux, avec des années en plus, des enfants en plus, et je vise un métier différent. Non que le premier m’ait déçue , non. Mais la difficulté de trouver un autre emploi alors que je m’encroûtais dans celui où j’étais, mais l’envie de faire autre chose, de développer des qualités en moi que je ne soupçonnais pas il y a quinze ans, tout cela m’a poussée à faire un nouveau choix. 

Retrouver la fac, dont les locaux n’ont pas beaucoup changé, et où il fait toujours aussi froid l’hiver. Au début j’ai ressenti des émotions très fortes et un peu étrangères à ce que je vivais, j’ai fini par comprendre que c’était l’effet madeleine, que retrouver presque identiques les lieux où j’étais quand ma mère est morte, puis quand j’ai rencontré mon homme, tout cela faisait remonter à la surface des souvenirs ressentis plus que pensés. 

Retrouver la fac et ses contraintes, auxquelles je ne peux plus répondre comme il y a quinze ans ; une vie de mère et de femme amoureuse n’est pas une vie de jeune femme amoureuse. Il a fallu trouver de nouvelles réponses aux questions que je connaissais déjà, de nouvelles façons de travailler. 

Retrouver la fac et rencontrer des jeunes. C’est drôle parce que je suis sûre qu’il y a quinze ans la fac était fréquentée par des gens, rien de plus, et maintenant c’est bourré de jeunes. Heureusement que beaucoup d’entre eux supportent joyeusement mes cheveux blancs et mon humour de traviole. 

Retrouver la fac, pour un an au moins. Éspérer en sortir avec un autre diplôme, en route pour un autre métier. Croire que je pourrai y trouver de la joie et en donner aussi. Penser que les chemins les plus droits ne sont pas forcément les meilleurs. 

vendredi 29 décembre 2017

Le thé

Teapot by 童 彤
Teapot by 童 彤 

Les boules à thé, c’est mon père qui les a choisies pour moi il y a bien longtemps. 

La théière est arrivée dans un joli paquet porté par ma sœur.

On m’a offert le thé l’année dernière. 

Les tasses sont presque toutes des cadeaux. 

Il ne manquait que la petite soucoupe pour poser la boule à thé, celle que j’ai trouvée bien emballée à Noël : aujourd’hui mon thé n’est plus que gratitude. 

mercredi 27 décembre 2017

La Promesse de l'aube, de Romain Gary

Est-ce que ça vous dit de suivre un fils sur son chemin chaotique avec sa mère, une femme si portée par ses rêves, si sûre que son fils sera un grand homme, que le garçon est à la fois transporté lui aussi et étouffé par ce volume immense d’attentes sur ses épaules ? De lire le récit de sa vie à lui, un peu romancée bien sûr, avec des pointes d’humour juste là où il faut pour que son histoire ne soit pas complètement désespérée ? 

Braves gens, si c’est le cas, n’allez pas plus loin. Dans La Promesse de l’aube, Romain Gary raconte sa vie dans le désordre. Son enfance en Pologne où sa mère, déjà, rêvait de la France et le voyait déjà diplomate, artiste. Son adolescence à Nice où les choses n’ont pas été pas aussi faciles pour un petit juif de l’Est que sa mère l’avait pensé. Son entrée dans l’armée juste avant la seconde guerre mondiale, ses pérégrinations après la défaite française. Tout est passionnant, tout est bien écrit, c’est un bouquin qui m’a fait manquer ma station de métro et m’endormir bien plus tard que prévu (je ne crois pas qu’on puisse faire de meilleur compliment). 

C’est aussi un livre qui m’a fortement rappelé le personnage de Chabotte dans La Petite marchande de prose de Daniel Pennac (je ne vais pas vous dire pourquoi pour ne pas vous gâcher l’une ou l’autre histoire), je me demande si c’est voulu ou pas (je pense que oui).

Je suis tombée sur La Promesse de l’aube par hasard, sans savoir qu’on l’avait adapté au cinéma. Je ne compte d’ailleurs pas aller voir le film, parce que je ne crois pas que ce genre de livre ait grand-chose à y gagner. Par contre, je vous recommande sa lecture sans réserve, et je compte bien trouver d’autres ouvrages de Romain Gary pour savoir si tout est aussi bon. 

vendredi 1 décembre 2017

Les chaînes pour chaussures, ou À pas de yak

Là où je vis, l’hiver 2012-2013 a été particulièrement neigeux. La neige est tombée souvent, et des températures basses l’ont préservée sur les trottoirs, martelée par des milliers de pieds, verglacée au possible. Pendant les semaines de janvier où il a fait le plus froid, la neige n’a pas été la seule à choir.

C’est après ma troisième chute, alors que j’employais un langage vigoureux au sujet du climat hivernal et des gens qui ne déneigent pas leur trottoir, qu’une bonne âme m’a informée de l’existence d’un machin dont je n’ai pas trouvé le nom officiel (en a-t-il un ?) et que j’ai instantanément décidé d’appeler des chaînes pour chaussures.

photo des chaînes pour chaussures

C’est une structure en plastique souple à adapter sur ses chaussures. En-dessous, deux croix entourées d’une spirale en acier sur laquelle on marche. Je m’en sers à chaque chute de neige depuis début 2013, et voilà ce que j’en pense.

Je les ai testées en ville, sur de la neige fraîche, de la neige verglacée, et sur un verglas peu épais mais très glissant (suite à une pluie verglaçante qui avait transformé les trottoirs en miroirs). À chaque fois, je n’en ai pas cru mes pieds. La spirale en acier mord sans problème dans la glace, et on marche normalement. Pas de chute, pas de douleur aux cuisses ou au dos à force de se tenir comme un pingouin. Le gros avantage de ces engins comparés à des crampons est qu’ils ne s’abîment pas quand on marche sur un trottoir déneigé. On les sent un peu, mais ce n’est pas très gênant.

Ils sont simples à mettre sur ses chaussures. Il faut juste poser le côté avant sur le devant du soulier puis tirer sur l’arrière pour les passer derrière le talon (il en existe plusieurs tailles, chaque taille correspond à plusieurs pointures). Ils s’enlèvent aussi très facilement, et c’est un point important. En effet, ce qui est très pratique sur la glace et peu dérangeant sur le bitume devient casse-gueule sur le carrelage, il faut donc les enlever avant d’entrer dans un bâtiment.

J’ai porté mes bidules sur des bottines et des baskets. Les baskets m’ont semblé plus confortables ; avec une semelle souple, on sent moins la spirale sous ses pieds quand on marche sur terrain dégagé. Évidemment, l’avantage va tout de même aux bottines en cas de grosse couche de neige.

Les chaînes pour chaussures ont trouvé leur place dans mon sac, et ne le quitteront pas tant que je n’aurai pas besoin de les remplacer par des lunettes de soleil. La manœuvre inverse se fera sans doute fin octobre. La marque des miennes est Yaktrax, mais je pense qu’il existe des alternatives. Maintenant, à vous de jouer pour sauver vos coccyx !

lundi 18 septembre 2017

Désorientale, de Négar Djavadi

couverture du livre 'desorientale'

Aucune unité de temps, de lieu ou d'action ; j'aime autant vous dire que si ce roman était une pièce de théâtre à l'époque où on les aimait classiques, elle aurait été huée. Fort heureusement, ce n'est pas le cas, et me voici en train de vous parler d'un coup de cœur. 

Kimiâ est née en Iran, et nous la rencontrons dans la salle d'attente de l'hôpital Cochin, service PMA. Elle "profite" du retard pour partager avec nous sa vie, et quand je dis sa vie, n'allez pas croire que nous remontons seulement à sa naissance ; tout commence avec ses arrières-grands-parents... Un récit qu'elle tient de son Oncle Numéro 2. 

Il est question dans ce livre joyeusement désordonné de l'Iran bien sûr, de l'Europe un peu, des hommes, des femmes, de leur engagement politique et de leur vie sexuelle. On virevolte d'une époque à une autre, du tragique au tragi-comique. Le style est excellent, le contenu très intéressant, bref, comme souvent avec les romans que je vous recommande, le vrai problème est d'arriver à le poser momentanément quand la vie tangible nous y appelle... 

mardi 11 juillet 2017

La pendule

Tout a commencé très doucement. Devant mes yeux sont tombés deux ou trois rouages. Intriguée, je lui ai demandé des explications.

"On ne va pas en faire une pendule."

Au début ils n'étaient pas bien gênants, ces rouages. Puis ils se sont multipliés, et les ressorts sont apparus. Bientôt sur mon bureau il y avait un monceau de pièces en métal, au moindre faux mouvement ils me blessaient. Mon travail devenait difficile. Je suis allée lui en parler, bien sûr.

"On ne va pas en faire une pendule."

Plus tard sont venues les aiguilles. Dures à ignorer. Il disait que j'en faisais trop, que je comprenais mal, qu'il ne s'agissait pas vraiment d'horlogerie. Toujours la même phrase : "On ne va pas en faire une pendule."

Enfin j'ai vu choir en face de moi le cadran, le boitier.

Il y avait, enfin, de quoi en faire une pendule. Aussitôt que je l'ai assemblée, elle a sonné l'heure de tirer ma révérence.

J'ai écrit ce texte sur un thème des Impromptus Littéraires.

dimanche 14 mai 2017

Aller méditer ailleurs

Il y a quelques mois que je me suis lancée dans la pratique méditative, avec l'aide d'une application pour portable très basique qui fait des gongs et des glouglous pendant une durée donnée, et de CDs. Puis, sur les conseils de plusieurs personnes, j'ai installé une nouvelle appli de méditation sur mon téléphone portable. Celle-ci propose quelques méditations guidées gratuites, puis un abonnement pour accéder au reste. J'ai téléchargé les premières méditations gratuites parce que je mets toujours mon portable en mode avion quand je médite.

Dans la semaine qui a suivi, j'ai fait une méditation par jour avec la nouvelle appli. J'ai trouvé la voix agréable et le contenu plutôt bien pensé, j'ai seulement un peu tiqué en constatant que le nom du programme était presque systématiquement cité dans le texte de la méditation. Je suis arrivée au bout des méditations gratuites, et j'ai commencé à peser le pour et le contre de l'abonnement.

J'y réfléchissais encore un soir de cette semaine, quand j'ai refait une des méditations gratuites en oubliant d'enclencher le mode avion.

Le lendemain j'étais bombarbée de mails de l'application, mails enclenchés automatiquement dès que l'information était arrivée que j'avais suivi la première méditation, puis la Xième, puis la dernière gratuite.

Je n'aime pas qu'on récupère mes données. J'aime encore moins qu'on le fasse dans le cadre d'une application payante (ce n'était pas encore le cas, mais je ne me fais aucune illusion ; on n'allait pas arrêter de me pister quand j'aurais commencé à payer). Et trouvez-moi naïve si ça vous chante, mais je m'attendais à mieux côté déontologie de la part d'une application de méditation. Autant vous dire que je vais aller méditer ailleurs, plus spécifiquement avec l'aide de mes bons vieux CDs et de mon appli à glouglous, qui a la décence de me demander mon avis avant d'enregistrer quoi que ce soit.

samedi 22 avril 2017

Avoir un bon toubib

J'ai l'immense chance d'avoir un médecin traitant formidable, et la petite malchance de devoir fréquenter des spécialistes pour mes enfants qui ont des allergies. Je tiens donc à hurler ma joie d'avoir rencontré une allergologue qui a pris le temps de :

  • Parler à mon fils (pas tout à fait 3 ans), lui raconter une petite histoire pour le distraire en regardant bien ses réactions pendant une procédure un peu désagréable (prick test, pour les connaisseurs),
  • Lui filer plein de jouets, de feutres et de tampons pendant qu'on attendait le résultat du test et, au lieu de nous mettre dans la salle d'attente, en profiter pour m'expliquer l'urticaire et l'eczéma comme on ne me les avait jamais expliqués, avec des dessins et des questions,
  • Effacer elle-même les traits de stylo du test sur le bras de mon fils après la lecture,
  • Relire son ordonnance point par point avec moi, en vérifiant que j'avais bien compris dans quel cas utiliser quel médicament.

Un soignant qui traite les enfants comme les personnes qu'ils sont, et qui fait tout ce qu'il faut pour que les parents comprennent le schmilblick, ça fait vraiment du bien, et ça mérite d'être dit et applaudi.

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