mardi 29 décembre 2020

2020 à vélo

Au début de l’année 2020, j’étais une cycliste enthousiaste, mais seulement à la campagne. C’est là que j’ai grandi, c’est là que j’ai appris à faire du vélo. Par contre, en ville, mes quelques expériences m’avaient laissée terrifiée. J’étais donc cycliste à la campagne (pendant les vacances annuelles, quoi) et piétonne (avec l’aide du métro) en ville.

La pandémie est passée par là, je pense qu’il est inutile que je fasse un dessin à qui que ce soit. Après le premier confinement, quand le collège où je travaille a rouvert ses portes, j’ai pris le métro, une fois, et j’ai failli avoir une crise d’angoisse. Les gens étaient près, trop près, je ne pouvais plus, comme je le faisais avant, plonger la tête dans un livre et ne l’en ressortir qu’à mon arrêt.

J’ai donc fait prendre l’air à mon vélo en ville, avec une belle trouille les premières fois, puis en prenant de l’assurance. J’ai appris à choisir mon itinéraire en fonction de la largeur de la rue et du nombre de tournants à gauche (le moins possible), plutôt que prendre l’option la plus courte. J’ai équipé mon biclou : rétroviseur (qui à mon avis devait être de série sur les vélos de ville), éclairage sur les roues pour être bien visible même dans le noir, sacoches pour le matériel du boulot, autocollants réfléchissants un peu partout.

Vacances d’été non comprises, j’ai été travailler à vélo pendant à peu près six mois.

Étonnement numéro un : l’effet sur ma forme a été fort et rapide. Au bout de trois semaines, le rapport de vitesse qui était celui que j’utilisais par défaut est devenu celui que j’utilisais pour monter le pont, et j’arrivais au travail de moins en moins rouge et essoufflée.

Étonnement numéro deux : avec un bon itinéraire, un rétro et de quoi être très visible, on arrive à se sentir raisonnablement en sécurité sur un vélo dans ma ville (en tout cas plus que dans un métro bondé où un bon tiers des usager·es ont le masque baissé). Les pistes cyclables ne sont pas assez nombreuses et il faudrait vraiment trouver un moyen de décourager les gens qui se garent dedans, même pour deux minutes, parce que les moments où on s’insère dans la file des voitures sont probablement les plus dangereux. La situation n’est pas parfaite, mais elle est tolérable.

Étonnement numéro trois : à part les jours où il gèle (trop dangereux, la peinture des pistes cyclables les rend glissantes comme des miroirs avec le plus léger verglas) je peux faire du vélo dans ma ville par tous les temps, à condition d’être bien équipée. Le pantalon de pluie est indispensable en cas de drache et les gants pas du luxe pour le début du trajet quand il fait frisquet, mais, comme le disent les nageurs en piscine, une fois qu’on est dedans, elle est bonne. L’activité physique réchauffe suffisamment pour que je n’aie même pas besoin d’un gros manteau (un imperméable me suffit).

Le bilan est nettement positif, je n’envisage plus de reprendre le métro de manière quotidienne, même après la pandémie. Cette saleté m’aura au moins apporté un peu de positif.

lundi 19 octobre 2020

Blancs

La semaine est blanche.

Blanche la blouse du kiné qui prend en charge mon grand fils. Pâles ses mots imprécis, beige le squelette qui orne son cabinet.

Blancs les murs de la psy qui s’occupe du plus jeune. Crème les chaises molles de la salle d’attente.

Blanches les boîtes des vaccins prévus pour demain. Blancs aussi les patchs anti-douleur à poser une heure avant.

Blanche enfin ma mine, comme par contagion.

Ce texte est ma participation à un défi d’écriture lancé sur Mastodon, tag EcritHebdo. Cette semaine, il fallait écrire décrire sa journée en couleur. À vous ?

vendredi 18 septembre 2020

Dans ma ville

Dans ma ville il y a :
Autos peu mélodiques
Métro automatique
Bus et vélos (ah, chic !)

Dans ma ville il y a :
Béton gris, briques rouges
Chauffées à l’infrarouge
Quelques arbres qui bougent.

Dans ma ville il y a :
Plusieurs bibliothèques
Cinémas, ludothèques
Et marchands de milkshakes.

Dans ma ville il y a :
Des gens plutôt sympas
D’autres qui râlent, ou pas
Et puis il y a moi.

Ce texte est ma participation à un défi d’écriture lancé sur Mastodon, tag EcritHebdo. Cette semaine, il fallait écrire un poème sur son village ou sa ville. À vous ?

mercredi 16 septembre 2020

En trois temps

Quand on s’est rencontrées, j’étais jeune embauchée par notre employeur commun, et toi, tu travaillais là depuis bien des années. Tu m’as appris une bonne partie de ce que je devais savoir pour bosser efficacement, et on s’est vite plu : j’aimais ta franchise (quand on avait un problème avec toi, pas de souci, on le savait), et ta générosité qui te poussait à aider chaque personne qui en avait besoin, peu importe sa manière de se comporter avec toi auparavant. On riait des mêmes choses.

La première fois que j’ai appris ta mort, c’était juste avant de donner un cours, en lisant le SMS d’une amie commune. Je crois qu’elle ne m’a pas appelée parce qu’elle ne pouvait pas compter sur sa voix. J’ai vacillé un peu, et demandé à mes collègues de me raconter une histoire drôle, vite, parce que je ne voulais pas sangloter devant mes élèves.

On a travaillé dans le même bureau, avec bonheur ; non seulement on s’entendait très bien, mais on avait les mêmes préférences concernant le chauffage et l’aération, ce qui est plutôt critique quand on partage un espace. On mangeait ensemble de temps en temps, on se confiait beaucoup. Puis j’ai décidé de changer de métier, et je suis partie, officiellement pour me former pendant un an, officieusement sans aucune intention de revenir. On s’est promis de rester en contact, parce que depuis longtemps nous n’étions plus simplement des collègues, nous étions des amies. On a continué de se voir, de manger ensemble, de s’envoyer des nouvelles.

La deuxième fois que j’ai appris ta mort, c’était par mail, par une deuxième amie commune qui avait envoyé les détails pratiques à tous ceux et toutes celles qui te connaissaient bien. Mon homme n’était pas rentré, les enfants étaient là, j’ai pris note très vite puis j’ai éteint mon ordi.

En début d’année, tu m’as dit que tu avais un cancer. Déjà bien étendu. Connaissant ton caractère, je savais que tu allais faire de ton mieux pour envoyer le crabe ad patres, mais je savais aussi que ce serait difficile. Là-dessus, le coronavirus a pointé son nez, et vu l’état de ton immunité, on n’a pas pu se voir avant l’été. Ce jour-là, on a passé quelques heures ensemble, paisibles, mais en partant je me suis dit que ce seraient peut-être les dernières.

La troisième fois que j’ai appris ta mort, mon téléphone a sonné, c’était une troisième amie commune. Elle m’a demandé “comment ça va ?” d’une toute petite voix, j’ai compris qu’elle savait aussi. Alors nos larmes ont coulé de concert.

mardi 5 mai 2020

Et puis après...

Et puis après, en ouvrant la porte, elle pensa qu’une porte devait être ouverte ou bleue, et que la sienne était rouge.

À cette simple idée, elle sentit des gouttes rouler sur ses joues.

Les gouttes étaient des larmes, elle le savait parce qu’elles étaient salées, pas comme la pluie.

Que faire avec sa porte ni verte ni bleue ? La repeindre ? L’oublier ?

Et avec les larmes, que faire ? A-t-on le droit de pleurer quand on porte un masque ? Et comment faire s’il pleut dehors ? Refermer la porte avec soi dedans ?

mardi 28 avril 2020

Choses pour lesquelles je n'éprouve aucun regret

  • Les pratiques managériales de mon antépénultième chef
  • Les discussions interminables qui aboutissaient invariablement à une impasse
  • La trouille que j’éprouvais parfois quand le téléphone sonnait
  • La poussière des bouquins qu’on ne prêtait pas assez souvent
  • Le rangement des ouvrages aux étiquettes décolorées jusqu’à l’illisibilité, tout près des fenêtres
  • Les couches, les couches, les couches
  • L’odeur de régurgitation sur l’épaule de mon aimé
  • Les cris au sortir du bain
  • Le regard torve de la psy pour qui clairement tout était ma faute, ontologiquement
  • L’angoisse des concours
  • Les dissertations
  • Les observations assassines de certains profs de la fac
  • Les remarques déplacées, souvent des mêmes
  • Le café dégueu de la cafétéria
  • Le crachotis du modem qui se connectait
  • La lumière qui baissait pendant l’attente du bus, m’obligeant à ranger mon livre
  • Le regard de certains membres d’un ancien club sur mes cheveux blancs
  • Microsoft Office
  • Les random dudes sur l’oiseau bleu qui venaient m’expliquer ma vie
  • L’impression de ne jamais être ou faire assez.

Ce texte est ma participation à un défi d’écriture lancé sur Mastodon. Cette semaine, il fallait “écrire des inventaires sur le thème du temps : choses qui doivent être courtes, choses qui ne font que passer, choses qui doivent prendre du temps…” À vous ?

dimanche 19 avril 2020

Bonne nouvelle.

« Une bonne nouvelle ? Laisse-moi réfléchir. Elle doit être courte.

— C’est évident.

— Avec une chute.

— C’est préférable.

— Pleine de mystère.

— Ou de sorcières.

— Ou de magie.

— Ou pas, tant pis.

— En tout cas, elle ne peut pas être longue.

— Eh non. Sinon, c’est un roman. »

Ce texte est ma participation à un défi d’écriture lancé sur Mastodon. Cette semaine, le thème était “Bonne nouvelle”.

mercredi 8 avril 2020

Étrange et pénétrant

Toutes les nuits, il rêve. Toutes les nuits, je l’entends rêver. Mon amant a le sommeil bruyant, et moi l’oreille fine…

Il murmure à minuit : “Ils seront ébaubis, ils vont voir ce qu’ils vont voir !”

Il marmonne à deux heures : “Mon adversaire est stupide, comment ses partisans peuvent-ils prendre tant de plaisir à l’écouter vitupérer ?”

Il sussure à quatre heures : “Conspué ! Ils m’ont conspué ! Comment ont-ils osé ?”

Au matin, je suis épuisé, mais je trouve tout de même la force de lui affirmer au petit déjeuner : “Toi, tu as encore rêvé que tu te présentais aux présidentielles.

- Exactement ! Comment le sais-tu ?”

Mon sourire se fait énigmatique ; je le laisse croire à mes mystérieux pouvoirs.

Ce texte est ma participation à un défi d’écriture lancé sur Mastodon. Cette semaine, il fallait “utiliser les mots vitupérer, conspuer, ébaubir.”

lundi 30 mars 2020

Trente mots (et quelques rimes)

Trente mots et pas un de plus

Un octosyllabe bien nu

Mon cerveau remue tout entier

Mes doigts agitent mon clavier

La contrainte formelle sans

Un thème brise mon élan.

 

Ce texte est ma participation à un défi d’écriture lancé sur Mastodon. Cette semaine, le sujet était : “Trente mots, pas plus.”

vendredi 20 mars 2020

Les cerisiers en fleur

Ah tiens, les cerisiers fleurissent.

C’est ce que je me suis dit ce matin en regardant mes chaussettes. Je pratique une forme de magie assez peu commune, la magie chaussettière. Chaque matin, je plonge la main dans mon tiroir à chaussettes, à l’aveugle. J’enfile la paire que j’ai piochée sans la regarder. La journée est colorée par mes chaussettes, même, ce qui est souvent le cas, quand je porte des bottines et que personne ne les voit.

Quand je porte mes chaussettes jaunes avec des smileys souriants, je sais que rien n’entamera mon sourire.

Quand je porte mes chaussettes bleues avec des roses des vents, je peux être sûre de savoir où aller.

Quand je porte mes chaussettes orange avec des poulpes multicolores, la journée sera bizarre.

Quand je porte mes chaussettes noires avec des roses rouges, les amours seront belles.

Tous les dimanches je range les chaussettes que j’ai lavées pendant la semaine, et je remue le contenu du tiroir, pour garder la magie en vie. On croirait que cela assure une rotation régulière. Cela faisait pourtant quatre mois pleins que je n’avais pas trouvé sous mes doigts les chaussettes grises où figurent des cerisiers en fleur.

Jusqu’à ce matin.

Je ne sais pas ce que me réserve cette journée, mais il y a du renouveau dans l’air. Il était temps.

Ce texte est ma participation à un défit d’écriture lancé sur Mastodon. Cette semaine, le sujet était : “Ah tiens, les cerisiers fleurissent.”

vendredi 21 février 2020

Le débardeur (état de chose)

photos de cintres en bois sur un portant
Photo d’Andrej Lišakov

Ma proprio m’a acheté quand elle était jeune fille. Je faisais partie d’un lot de débardeurs en coton, bretelles spaghetti. Elle les portait au-dessous de chemisiers ouverts, avec des jeans noirs. C’était une tenue parfaite pour elle alors, étudiante, en Lettres, plutôt décontractée. J’étais le débardeur noir, son préféré.

Une année plus tard, son père, voulant lui rendre service, a pendu un lot de vêtements dont je faisais partie pour les faire sécher. Malheureusement, il manquait d’expérience en matière de lessive ; il m’a accroché, trempé, par les bretelles. Quand la proprio m’a récupéré, mes bretelles s’étaient tellement allongées que j’étais devenu tout à fait importable comme vêtement, sauf à vouloir exhiber le haut de son soutien-gorge à tous les passants.

Elle a décidé de me convertir en sous-vêtement. Elle m’a porté pendant des années au-dessous de ses pulls, ses T-shirts à manches longues. Pas loin de vingt ans. Je l’ai accompagnée quand elle a passé ses premiers diplômes, ses premiers entretiens d’embauche, quand elle a vécu ses premières heures de jeune professionnelle. Je l’ai vue se marier, devenir mère, retourner à la fac pour démarrer une nouvelle carrière. Je lui ai été fidèle tout ce temps, bien caché contre sa peau. On a vieilli ensemble, mon tissu de plus en plus fin, ses cheveux de plus en plus blancs.

Depuis quelques semaines, je sentais que je m’amincissais trop au niveau des coutures. Avant-hier, quand elle m’a attrapé, on a entendu un énorme craquement ; elle a vu avec horreur le trou énorme qui s’était formé sur mon côté droit.

Elle m’a lavé avec d’autres vêtements, une dernière fois. Elle m’a dit que je serais un chiffon, dorénavant. J’attends qu’elle trouve l’envie de nettoyer des vitres. La connaissant, ce ne sera pas tous les quatre matins. Tant mieux, au fond ; j’ai bien mérité un peu de repos.

lundi 30 septembre 2019

Se réchauffer le cœur

Un papillon noir et rouge sur des feuilles vertes
Photo de Johann Seidl

 

Parfois, en septembre, qu’il fasse gris ou pas dehors, il fait gris à l’intérieur. Les obligations s’accumulent, on a le cœur morne, la sensation mordante de ne jamais en faire assez alors même que le corps crie qu’on en fait trop.

Ces jours-là, quand on a de la chance, tombe dans nos oreilles une merveille comme celle-là.

D’abord la flûte vient nous chercher là dans notre lourdeur, mesurée, seule, presque hésitante. Puis elle prend de l’assurance, déroule le thème. Elle est rejointe par quelques autres instruments, toujours mesurés, un peu lents, tendres peut-être.

Ensuite, vers une minute trente, d’autres instruments s’ajoutent encore, le thème est rejoué, autrement, on sent un peu de courage animer notre souffle.

Alors, vers deux minutes quarante, la rythmique prend le dessus, l’air se fait danse, enfin, et on sentirait presque nos pieds s’agiter, on retrouverait soudainement l’envie de bouger sans but pratique, juste pour la joie de le faire.

Jusqu’à la fin du morceau on peut savourer cette sensation délicieuse, écouter cette musique au nom de papillon.

Puis, si on a la chance de posséder l’album, on peut sauter la plage suivante pour prolonger la joie en sautillant, métaphoriquement ou pas, sur Crowley’s Reel(Un).

Une mienne amie qui étudiait la musicothérapie m’a expliqué un jour que simplement passer de la musique joyeuse à quelqu’un de triste ne suffisait pas à lui égayer l’humeur, qu’il fallait prendre les gens là où ils se trouvaient avant de les emmener où que ce soit. C’est exactement ce que Red Admiral Butterfly fait pour moi.

Notes

(Un) Bonus : si vous aimez De bons présages/Good Omens, vous pouvez imaginer qu’on a écrit cet air pour votre démon préféré.

jeudi 11 juillet 2019

Voilà, c'est fini

photo d'une salle de classe sans personne
Photo de Feliphe Schiarolli

J’ai remis ma tablette aux paramètres usine, je l’ai rendue, ainsi que ma clé, mon badge.

J’ai sorti de mon sac mes feutres de secours, mes stylos pour corriger, le carnet qui me servait à noter le déroulé prévu pour chaque cours, les choses à faire ou à vérifier pour le suivant.

J’ai gardé les trombinoscopes et jeté presque tout le reste.

J’ai gardé les fiches de bilan de l’année, pour préparer les progressions de l’année prochaine.

J’ai posé dans un coin de mon bureau la pile de livres à lire, d’articles à surligner, annoter.

J’ai téléchargé la version électronique d’œuvres que je pense utiliser l’année prochaine.

J’ai rêvé du boulot pendant quelques jours, puis dormi comme une brique, pour tenter de solder la fatigue de l’année.

Je pars en vacances une semaine, sans rien emporter qui me rappelle mon travail.

Quand je rentrerai, il sera temps d’établir un plan d’action, de décider à quel rythme travailler pour préparer l’année suivante.

Aujourd’hui, ma première année scolaire comme enseignante est finie.

samedi 25 mai 2019

Fête des mères et école, un mélange détonnant

La fête des mères n’est pas une joie pour moi ; je n’ai pas envie d’être célébrée en tant que mère, et si mes enfants ont envie de me faire des cadeaux, ils peuvent le faire à mon anniversaire. Ça, ça me regarde. Mais la manière dont l’école traite la fête des mères (ou des pères) nous regarde tous, parents ou non, en tant que société.

Actuellement, dans la plupart des écoles (autour de chez moi en tout cas), fabriquer un cadeau pour la fête des mères n’est pas une option pour les enfants, c’est une obligation.

À partir de cette simple observation, on peut dire beaucoup de choses.

D’abord que tous les enfants n’ont pas la chance d’avoir une mère vivante et aimante, et que forcer un enfant que sa mère maltraite, un enfant que sa mère a abandonné ou un enfant dont la mère est morte à faire un cadeau de fête des mères est moralement plus que douteux (ne me dites pas que ça n’arrive jamais, je l’ai vu de mes yeux vu, et plus d’une fois ; en ce qui concerne la maltraitance ou l’abandon, les professeurs ne sont pas toujours au courant, et certains parmi ceux qui le sont préfèrent tout de même faire travailler l’élève concerné comme les autres parce que “c’est plus simple”).

Le niveau d’absurdité atteint quand on oblige un enfant qui a deux pères à écrire à l’un d’entre eux “Maman tu es la plus jolie” ne mérite sans doute pas d’être souligné.

Ensuite, même quand tout va bien dans une famille où une mère est présente, forcer un enfant à déclarer son amour pour sa mère à un moment bien précis, et d’une certaine manière et pas d’une autre, est pour le moins étrange. De quel droit les enseignants se mêlent-ils de nos relations ? Cette année, on a menacé mon fils de le punir parce qu’il préférait écrire un texte à sa façon plutôt que selon le procédé que l’enseignante avait choisi(1). Dans l’absolu je peux comprendre le professeur qui a son projet d’écriture et n’a pas forcément envie de l’adapter aux désirs de chaque enfant, mais pourquoi y mêler les parents dans ce cas ? Autant faire écrire à partir d’un sujet imaginaire.

En ce qui me concerne, les seuls cadeaux qui me font plaisir sont ceux qui viennent du cœur ; quelque chose que mon enfant a été forcé de faire, forcé de faire à ce moment-là, forcé de faire de cette manière-là, est tout sauf un élan du cœur. C’est un devoir que des enseignants ont déguisé en acte d’amour. Je préférerais qu’ils n’en fassent rien.

Notes

(1) d’ailleurs, le choix de mon fils me plaît beaucoup plus que celui de la maîtresse, il me connaît bien.

dimanche 3 mars 2019

Les cartons

Ils sont venus un matin, et ils ont tout emporté.

Deux ans que je me disais que je devais les appeler, que le nombre de cartons qui s’entassaient dans la maison croissait joyeusement, que les vêtements enfantins trop petits qu’ils contenaient ne servaient à personne et que c’était triste.

Il y a deux semaines, enfin, j’ai appelé. Vu le volume que j’avais à proposer, ils n’ont fait aucune difficulté pour se déplacer.

Ils sont venus, et ils ont tout emporté.

Je m’attendais à ressentir du soulagement à l’état pur, une grande joie de voir l’espace dégagé ; ce ne fut pas le cas. Au soulagement indéniable se mêla un peu de chagrin de voir partir les fidèles compagnons qui avaient jadis protégé mes enfants du froid.

Alors, en donnant un coup de main aux gars qui les portaient jusqu’au camion, je leur ai silencieusement souhaité bon vent, continuez à faire votre boulot et à couvrir d’autres petits que les miens.

vendredi 22 février 2019

Comment fabriquer un cerceau pour stabiliser son ballon de gym avec des matériaux de récupération

Je ne sais pas vous, mais moi, pour éviter d’ankyloser mon auguste postérieur quand je passe du temps assise à travailler, je le pose sur un ballon de gym (on dit aussi swiss ball, c’est vous qui voyez), bref un machin comme ça.

image d'un énorme ballon qui sert de siège

Or, si une chaise de bureau classique reste où on l’a posée, ce n’est pas le cas d’un ballon, qui a tendance à rouler, surtout si le sol n’est pas très plan (c’est le cas chez moi). C’est gênant, voire dangereux quand on a un radiateur électrique (le plastique ayant une sale tendance à mal supporter la chaleur intense).

Il me fallait donc de quoi bloquer mon ballon ; j’ai demandé conseil à Mastodon. La merveilleuse Maïa m’a suggéré un cerceau, et le formidable Notabene, appuyé par l’épatante Shaya, m’a informée de l’existence de bidules faits exprès pour caler son ballon de gym quand on ne s’en sert pas. C’était intéressant mais je n’avais pas envie d’acheter un objet si je pouvais en bricoler un facilement, ce qui était le cas.

image d'un rouleau de gaine électrique

J’ai donc foncé chercher un reste de gaine électrique. Celle que j’avais mesurait à peu près 15 millimètres de diamètre : vous pouvez prendre plus gros, mais pas plus fin, le produit final ne serait pas un obstacle très efficace pour empêcher votre ballon de rouler.

J’ai coupé (avec une pince coupante) un morceau de 140 centimètres de long environ (ceci pour obtenir un diamètre de 45 centimètres). J’ai collé les deux extrémités ensemble avec du scotch électrique très serré.

image d'un rouleau de scotch électrique

J’ai obtenu exactement ce que je souhaitais : un cerceau d’environ 45 centimètres de diamètre à poser sous mon ballon, pour l’empêcher de rouler quand mes fesses n’y sont pas. À moi la tranquillité d’esprit (rapport au radiateur) et la stabilité ballonnière, le tout sans débourser un centime.

Elle n’est pas belle, la vie ?

jeudi 1 novembre 2018

Si tu ne viens pas à la pub, la pub ira à toi

Je ne suis pas une grande fan de la pub en général. Sa présence dans l’espace public est pour moi pollution visuelle (c’est souvent laid), mentale (je n’aime pas qu’on me ramène sans arrêt à mon statut de consommatrice, et j’aime garder tranquille mon espace cérébral), sonore parfois (à la radio, elle contamine maintenant jusqu’aux podcasts de France Inter, ce qui a réduit mon usage desdits au minimum).

Depuis l’irruption des écrans vidéos de pub dans les villes, la pollution visuelle et mentale augmente (car un objet mouvant attire l’oeil bien plus qu’un immobile) et je ne parle même pas de la consommation électrique de ces monstres.

Je râlais déjà comme un putois en les voyant envahir les rues, les stations de métro, les centres commerciaux, projetant des publicités parfois choquantes pour les enfants (coucou la bande annonce de Venom par exemple) en pleine journée.

Je râlais encore plus en voyant la SNCF nous en coller dans les trains, profitant d’un public qui ne risque pas de quitter son siège ; pourtant, vous je ne sais pas, moi je paye mon billet en euros, pas en temps de cerveau disponible.

Mais je crois que j’ai atteint le summum en termes d’invasion en allant au cinéma ce week-end. Avant la séance, je suis passée aux toilettes. Je suis entrée dans un box, me suis déculottée, ai fait un bond jusqu’au plafond en voyant quelque chose bouger dans mon champ de vision. Il ne s’agissait pas d’une personne, non : simplement, en France, en 2018, les écrans de pub viennent te chercher jusque dans les chiottes.

lundi 23 juillet 2018

Petits bonheurs de rangement en bibliothèque

  1. Mettre de la musique et ranger en se trémoussant et en chantant
  2. Rire bêtement en rangeant des cotes “ASS” ou “CUL” (oui, j’ai le ricanement bilingue)
  3. Murmurer “Eviv Bulgroz” devant une cote “ZOR”
  4. Faire avec ses collègues le concours du titre le plus bizarroïde
  5. Ranger à la perfection un rayon très dérangé
  6. En profiter pour désherber un peu
  7. Finir une rangée, demander au collègue le plus proche “on fait quoi maintenant ?” et entendre “ça y est, on a fini !”
  8. Contempler son travail avec le sentiment du devoir accompli : ici l’usager trouvera ce qu’il cherche. Au moins jusqu’à demain.

mercredi 20 juin 2018

Comment personnaliser un fichier son pour la méditation

Je vais vous expliquer comment modifier un fichier son pour y ajouter des marqueurs de temps, ce qui peut être pratique si on souhaite méditer.

Pour ce tutoriel, il va vous falloir :

  • Un fichier son long (votre son “de base” pour la méditation). Si vous n’en avez pas, pas de panique, youtube est plein de vidéos de sons de nature ou de boucles musicales pour la méditation, et en récupérer le son est facile (mais ce n’est légal que si la musique n’est pas sous copyright). Vous pouvez aussi en enregistrer vous-mêmes. Et si vous préférez méditer en silence, vous pouvez générer un fichier silencieux dans Audacity avant d’y ajouter vos marqueurs de temps (menu Générer puis Silence).
  • Un fichier son court (celui que vous voulez utiliser comme marqueur de temps).
  • Un ordinateur avec le logiciel Audacity (disponible pour windows, mac et linux). 
  • Du temps.

1. Commencez par ouvrir votre son “long” avec audacity (clic droit sur le nom du fichier, “Ouvrir avec”, sélectionner “Audacity”).

L’ouverture peut prendre un petit moment si le fichier est long, soyez patient. Si ça ne fonctionne pas et que votre fichier est au format .mp3, vous avez probablement besoin de l’encodeur lame. Quand le fichier est ouvert, voici ce que vous devriez obtenir.

A tout moment, vous pouvez zoomer en avant pour voir le fichier plus en détail ou en arrière pour passer en vision d’ensemble, en pressant la touche “CTRL” tout en utilisant la molette de votre souris, ou en ouvrant le menu “Affichage” puis “Zoom avant” ou “Zoom arrière”,

2. Ensuite, ouvrez le fichier court avec audacity, de la même manière.

Si le début et la fin du fichier son “court” vous paraissent un peu abrupts, vous pouvez les adoucir (sinon, allez à l’étape 5).

3. Sélectionnez une petite durée au début du fichier, puis cliquez sur le menu “Effet” et choisissez “Fondre en ouverture”. Cela va augmenter progressivement le volume sur la durée que vous avez choisie.

4. Faites de même avec la fin, en choisissant cette fois-ci “Fondre en fermeture” (cette fonction va réduire progressivement le son jusqu’au silence).

5. Sélectionnez tout votre fichier son court (avec la souris ou en pressant CTRL+A) et copiez-le (CTRL+C ou menu “Édition” puis “Copier”).

6. Maintenant, retournez sur la fenêtre de votre son long et ajoutez une piste audio.

7. Placez votre curseur sur la piste du bas, celle qui est vide, là où vous voulez ajouter le son court pour marquer le temps. Collez votre son court (CTRL+V ou menu “Édition” puis “Coller”).

8. Placez le curseur un peu avant le nouveau son et écoutez le résultat.

9. Si vous trouvez le nouveau son trop faible ou trop fort, vous pouvez changer son amplification : menu “Effet” puis “Amplification”. Un chiffre positif dans la première case augmentera le son, un chiffre négatif le réduira (vous pouvez aussi bouger le curseur pour obtenir le même résultat).

10. Quand vous êtes satisfait du son court, sélectionnez-le et collez-le à nouveau à chaque place du fichier ou vous voulez marquer le temps (toutes les 10 minutes, par exemple).

11. Quand vous l’avez ajouté partout où vous le souhaitiez, vous pouvez exporter le fichier en utilisant le menu “Fichier” puis “Exporter audio”. Choisissez l’endroit où vous voulez enregistrer votre fichier, son nom et le format qui vous convient dans la boîte de dialogue.

Selon le format choisi, vous aurez ou pas une nouvelle boîte de dialogue vous proposant d’ajouter des informations sur le fichier (artiste, album…) ; à vous de voir si cela vous est utile (ça peut l’être pour repérer son fichier sur un lecteur audio).

12. Je vous conseille de sauvegarder également votre projet au format “audacity” pour pouvoir y revenir plus tard si nécessaire.

13. Variation possible : si les bruits intermédiaires vous gênent pour méditer mais que vous avez tout de même besoin de marquer le temps, vous pouvez supprimer le son court et utiliser les effets “Fondre en fermeture” puis “Fondre en ouverture” sur une petite plage de temps avant et après votre marque de temps.

mercredi 13 juin 2018

Le surligneur

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Photo de Jazmin Quaynor

Quand j’étais jeune fille et que j’étudiais, je ne connaissais pas l’usage des surligneurs. Je gardais le silence en voyant d’autres étudiants les utiliser à tour de bras, mais intérieurement, je considérais ces feutres fluo comme des instruments du diable : de quoi défigurer l’ami d’entre les amis, un livre. Quel genre de sauvage fait ça ? Il y a un cercle de l’enfer réservé à ceux qui commettent ce genre de crime, non ? Attendez, je demande à Dante.

À l’époque il me suffisait de lire pour retenir ce que je souhaitais retenir, et je ne connaissais pas ma chance.

Avance rapide de quelques années, j’ai repris mes études. Je suis plus vieille qu’autrefois, je suis aussi bien moins disponible mentalement, famille oblige. J’éprouve donc plus de difficultés à retenir ce que je lis simplement en le lisant. C’est alors que je découvre à quoi sert le surligneur.

Est-ce que le surligneur est laid ? D’un point de vue strictement esthétique, je dirais toujours que oui. Mais d’un point de vue intellectuel, c’est un instrument bien plus riche qu’il n’y parait. Il permet de repérer ce qui est essentiel dans un texte, ce qu’on décide de retenir. Il permet de le matérialiser, non seulement par la couleur, mais aussi par le geste de la main sur le papier. Il permet à un livre banal de devenir son livre, celui qui a fait l’objet d’un traitement spécial, et il permet quand on y revient d’aller tout de suite à l’essentiel.

Par contre, entendonc-nous bien : le paragraphe précédent ne concerne que les bouquins qu’on possède. J’ai demandé à Dante, et le cercle de l’enfer dont je supputais l’existence ? Il est réservé aux vandales qui surlignent les livres de bibliothèque.

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